2017 French Articles

L’angoisse chez l’ado

Causes, symptômes et traitement de l’anxiété et du stress en milieu scolaire.

Aperçu

L’anxiété et le stress sont des phénomènes normaux. Nous sommes tous atteints d’anxiété à certains moments; en fait, notre cerveau et notre organisme sont précâblés pour cela. On peut voir l’anxiété comme la soupape de sécurité de notre organisme. C’est elle qui nous alerte lorsque survient une situation dangereuse ou accablante. Notre organisme a une façon étonnante de percevoir une menace avant même que nous en ayons conscience. Par exemple, nous avons l’« instinct » d’appuyer sur la pédale de frein devant un feu rouge, avant même de savoir ce que nous faisons. Notre estomac se contracte ou les poils de notre nuque se dressent quand notre situation devient précaire. L’anxiété que nous ressentons devant un public, en avion, lors d’une nouvelle rencontre, au 25e étage d’un édifice… tous ces signes sont le moyen primal dont dispose notre organisme pour nous avertir d’une menace ou d’un danger possible. Malheureusement, ce système d’avertissement a parfois tendance à surchauffer. Dans ce cas, notre anxiété, au lieu d’être utile, devient un obstacle à notre état normal d’efficacité et de bonheur. Chez les jeunes, le stress et l’anxiété peuvent avoir d’importantes répercussions sur le fonctionnement scolaire, le comportement et les relations sociales.

On estime que de 15 à 20 pour cent des enfants et des adolescents souffriront de troubles de l’anxiété d’ici l’âge de 25 ans (Beesdo, Knappe et Pine, 2009). Pour que le niveau d’anxiété d’une personne atteigne le stade du trouble diagnostiquable, il faut que les symptômes soient devenus assez significatifs pour avoir une incidence moyennement élevée sur son fonctionnement au quotidien. En général, le degré de stress et d’anxiété que ressentent les enfants et les jeunes n’atteint jamais ce niveau « clinique », mais il peut tout de même avoir une incidence sur leur vie quotidienne. 

Pourquoi les enfants sont-ils stressés?

Le milieu scolaire peut être une source de tension et de difficulté pour les jeunes. Des devoirs aux examens en passant par les relations amicales ou romantiques, le développement de l’identité ou les projets d’avenir, les années du secondaire sont le vivier d’une multitude d’agents de stress qui guettent l’adolescent. La plupart des jeunes se sentent débordés à certains moments, et l’apprentissage de la gestion du temps et du stress fait partie du processus évolutif de l’adolescence. Certains jeunes, cependant, réagissent au stress avec plus d’intensité que d’autres, pour toutes sortes de raisons.

La prédisposition

Comme bien d’autres difficultés de la vie, le stress et l’anxiété ont souvent une composante biologique, ce qui signifie que certains jeunes sont naturellement plus anxieux ou stressés que d’autres et ont donc une tolérance relativement faible aux expériences stressantes, sont plus facilement accablés que leurs pairs et ont plus de mal qu’eux à tenir le coup.

Les expériences négatives

En plus d’avoir une prédisposition biologique, certains jeunes ressentent de l’insécurité envers l’école ou un de ses aspects en raison des expériences qu’ils y ont vécues : l’échec scolaire, l’intimidation, les rires des camarades pendant un exposé, le rejet dans la sélection des équipes en éducation physique. Toute expérience négative, réelle ou perçue, peut amener un jeune à craindre la répétition d’une situation semblable.

Les attentes élevées

Les parents ont toujours de grandes attentes à l’égard de leurs enfants et souhaitent qu’ils réussissent. Toutefois, on pourrait facilement soutenir que les adolescents d’aujourd’hui sont confrontés à des perspectives plus restreintes et à une concurrence plus vive qu’une génération auparavant, en milieu scolaire comme sur le marché du travail. C’est pourquoi les attentes quant au succès et aux réalisations des jeunes à l’école secondaire sont encore plus élevées qu’auparavant. Certes, il n’est pas mauvais en soi d’avoir des attentes élevées, mais celles-ci deviennent problématiques quand elles sont déraisonnables ou qu’elles prennent trop de place. Dans un cas comme dans l’autre, le jeune finit par ressentir, face à l’avenir, un niveau d’anxiété qui dépasse ses capacités d’adaptation.

Les exigences sociales changeantes

Les relations sociales ont toujours été une source de stress pour la plupart des enfants d’âge scolaire. Le désir d’être aimé, de s’intégrer, d’être accepté… ce thème baigne l’adolescence depuis des générations. Mais la technologie moderne ajoute une nouvelle dimension à ce champ de mines social. Désormais, la montée des médias sociaux ouvre la possibilité de suivre le fil de ce que les autres disent ou pensent à notre sujet, mais aussi de rendre public tout ce qui relevait auparavant de la vie privée. Un conflit avec une ou un camarade peut maintenant se dérouler à la vue de toute l’école; un moment embarrassant peut être saisi, affiché et diffusé, perpétuant la ridiculisation.

À quoi ressemble l’anxiété?

L’anxiété se manifeste de façons très variées et pas toujours prévisibles. Certains symptômes sont faciles à associer à l’anxiété, d’autres moins. Il importe de réussir à distinguer les signes d’anxiété parmi les comportements que nous observons, car cette distinction influera sur notre intervention. Un jeune aux prises avec l’anxiété peut manifester les signes suivants :

  • une émotivité accrue (agitation, irritabilité);
  • le retrait social (isolement volontaire, absence d’interaction avec les pairs);
  • l’évitement de l’école (rester chez soi, manquer des cours, voire chercher à avoir des rencontres « prolongées » avec les conseillers scolaires);
  • des troubles somatiques (maladies fréquentes, absences, migraines, maux d’estomac, insomnie);
  • une baisse du rendement scolaire;
  • un comportement agressif, de défi ou polémique;
  • des crises de panique (étourdissement, mains moites, cœur qui bat la chamade, essoufflement);
  • la toxicomanie (pour engourdir d’autres symptômes de l’anxiété).

Quelle aide pouvons-nous apporter?

La sensibilisation

Malheureusement, bon nombre des symptômes de l’anxiété ci-dessus donnent souvent lieu à une interprétation ou une étiquette inexacte. L’ado qui évite l’école, qui manque des cours ou qui ne remet pas ses travaux est un « paresseux ». Celle qui s’isole est une « solitaire ». Ceux qui se disputent avec leurs enseignants ou les défient ont « un problème de comportement ». La lentille à travers laquelle nous voyons les jeunes guide nos interactions avec eux; bon nombre de comportements induiraient une réaction différente, sans doute plus empreinte d’empathie et de patience, si nous comprenions qu’ils sont fondés sur l’anxiété.

L’invitation à parler

La plupart d’entre nous avons déjà vécu le soulagement et le réconfort que procure le simple fait de se faire entendre. Il suffit parfois de parler de nos problèmes pour qu’ils nous semblent tout de suite moins graves et plus gérables que lorsqu’ils nous hantent sans cesse l’esprit. Le fait d’offrir aux jeunes un lieu où ils puissent discuter des agents stressants ou des idées négatives qui sont à la source de leur anxiété a de bonnes chances de contribuer à atténuer cette anxiété, même en l’absence d’autres interventions. 

L’organisation et l’établissement des priorités

La charge de travail est un facteur de stress très courant chez les élèves. Submergés par la quantité de travaux qu’ils ont à faire, ils ne savent souvent pas « par où commencer ». Malheureusement, beaucoup de jeunes d’aujourd’hui n’ont appris ni à établir un ordre de priorité de leurs activités ni à organiser leur temps efficacement. En enseignant aux jeunes à tenir à jour une liste priorisée de choses à faire, à s’aider de leur agenda pour faire le suivi de leurs tâches ou à découper les travaux d’envergure en portions plus courtes et plus faciles à gérer, on leur donne autant de moyens simples et pratiques d’atténuer leur anxiété et leurs sources de stress.

Un mode de vie sain

À l’adolescence, beaucoup de jeunes s’alimentent mal et ont un horaire de sommeil irrégulier, sans toujours se rendre compte de l’impact direct de ces habitudes sur leur santé mentale et leur bien-être. Bien manger, faire de l’exercice régulièrement, dormir suffisamment : sans nécessairement « guérir » l’anxiété ou éliminer les facteurs de stress, ces habitudes de vie accroissent nettement la résilience des adolescents.

La pleine conscience

De par leur nature même, l’anxiété et le stress mettent en action des réflexions et des craintes face à l’avenir. Chez les jeunes, ces préoccupations touchent les amitiés, le statut social, les relations romantiques, la réussite scolaire, les réactions des parents, la capacité d’entrer à l’université ou de réussir sa vie. La pleine conscience a une action tout à fait opposée. Pour l’essentiel, elle consiste à concentrer ses réflexions et ses sens sur le moment présent, plutôt que sur ce qui viendra par la suite. Des recherches ont démontré que la pleine conscience est une pratique efficace pour le traitement de l’anxiété chez les jeunes, et que n’importe qui peut l’enseigner. Dans plusieurs régions, on intègre la pratique de la pleine conscience à l’école, avec des résultats positifs (Weare, 2013; Rempel, 2012).

La mise à contribution d’autres professionnels, au besoin

Dans certains cas, les stratégies exposées plus haut ne suffisent pas à gérer l’anxiété chez une jeune personne; il lui faut alors une intervention intensive. L’aiguillage vers des services de santé mentale lui donnera accès au traitement et au soutien dont elle a besoin.


D’autres ressources

Un large éventail de ressources pratiques et informatives s’offre aux jeunes aux prises avec l’anxiété. L’appli MindShift est un outil particulièrement utile. Cette ressource mise au point par AnxietyBC et téléchargeable sur un téléphone donne aux jeunes de l’information sur l’anxiété, de même que des conseils pratiques et des stratégies d’adaptation. Voici d’autres sites Web très utiles aux jeunes et aux professionnels qui les aident :

Anxiety BC Youth (http://youth.anxietybc.com)

Kelty Mental Health Resource Centre (http://keltymentalhealth.ca/sites/default/files/Ressources%20Anxiete_0.pdf)

Mind Check (https://www.mindcheck.ca)


Ouvrages cités
Beesdo, K., S. Knappe et D. Pine (2009). « Anxiety and anxiety disorders in children and adolescents: Developmental issues and implications for DSM-V », Psychiatric Clinics of North America, vol. 32, no 3, p. 483-524.
Rempel, K. D. (2012). « Mindfulness for children and youth: A review of the literature with an argument for school-based implementation », Canadian Journal of Counselling and Psychotherapy, vol. 46, no 3, p. 210-220.
Weare, K. (2013). « Developing mindfulness with children and young people: A review of the evidence and policy context », Journal of Children’s Services, vol. 8, no 2, p. 141-153.

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