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Olympienne et étudiante

Joannie Rochette celebrates her bronze medal win at the 2010 Olympic Winter Games in Vancouver. - Photo credit: Skate Canada/ Gérard Châtaigneau.

Le parcours de Joannie Rochette – ou comment la vie après le sport se prépare sur les bancs d’école

Aller en classe. Étudier. Dormir. Répéter.

Voilà en gros à quoi ressemble le quotidien de Joannie Rochette depuis qu’elle s’est éloignée du feu des projecteurs et de sa vie de star du patinage artistique pour se consacrer à un projet résolument moins glamour, mais non moins inspirant.

Pour bien des Canadiens, Joannie Rochette restera à jamais celle qui s’est présentée stoïque sur la glace aux Jeux olympiques de Vancouver de 2010, pour remporter la médaille de bronze quelques jours seulement après le décès subit de sa mère, Thérѐse, emportée par un infarctus.

En 2020, soit dix ans après ce point culminant doux-amer de sa carrière compétitive, Joannie Rochette l’athlète compte bien devenir Dre Joannie Rochette, diplômée de la Faculté de médecine de l’Université McGill.

Cet ambitieux objectif professionnel en étonnera plus d’un, mais les proches de Joannie savent que cette élève modèle a toujours accordé autant d’importance à sa réussite scolaire qu’à ses performances sur la glace, même au secondaire. « À cette époque, l’école était très importante pour moi. Le patin aussi, mais je ne me voyais pas en vivre. C’était un loisir et je savais qu’il me faudrait un vrai travail plus tard. On ne sait jamais comment les choses vont tourner dans le sport. Seuls quelques patineurs artistiques réussissent à vivre de leur discipline, alors il faut un plan B », dit-elle.

Finalement, celle qui fut six fois championne canadienne et médaillée d’argent aux championnats du monde de 2009 a fait partie de ce groupe sélect de patineurs artistiques qui parviennent à bien vivre de leur sport, en participant à des tournées de spectacles sur glace et à des compétitions internationales sur invitation. « Un peu sans que je m’en aperçoive, c’était devenu mon travail et un jour je me suis dit “je veux faire autre chose dans la vie, je ne patinerai plus à 50 ans” », raconte-t-elle. En 2015, elle s’est donc inscrite au programme préparatoire d’un an qui devait précéder son admission à l’école de médecine.

Comme athlète, elle a développé un vif intérêt pour tout ce qui concerne l’anatomie. « Dans le sport, on travaille tellement de choses physiquement, j’étais fascinée par le corps humain. Je rêvais d’étudier la médecine bien avant la mort de ma mère. Bien sûr, la cardiologie m’intéresse un peu plus aujourd’hui. J’ai voulu comprendre ce qui était arrivé à ma mère. Mais je ne pense pas finir cardiologue. Enfin, on verra… » À 31 ans, elle en est à la deuxième année du programme de médecine à McGill.

Apprendre à jongler avec les priorités

Entrée dans le circuit des compétitions internationales dès le début de l’adolescence, Joannie a dû apprendre tôt à concilier le patin et les études et reconnaît que de composer avec les exigences des deux était stressant.

L’ampleur de son talent et ses besoins de formation l’ont menée à déménager deux fois durant ses études secondaires. Elle quittera ainsi sa ville natale de Berthierville, au Québec, pour fréquenter des écoles offrant des programmes sport-études, dans la région de Trois-Rivières, puis à Montréal.

Au cours de cette période, Joannie a remporté les titres novice et junior des Championnats canadiens et a concouru aux Championnats du monde junior et senior. Il aurait été plus simple pour elle de faire ses études par correspondance, mais elle ne voulait pas être privée de l’expérience du secondaire. « Je chéris le souvenir de ces années et suis tellement heureuse d’avoir fréquenté l’école normalement, même si c’était dans un programme sport-études. Cette interaction avec d’autres jeunes chaque matin, c’était important pour moi. »

Son alma mater de Cap-de-la-Madeleine accueille des élèves particulièrement doués pour la musique, le sport ou les langues et qui souhaitent s’y consacrer de façon soutenue. Joannie note qu’une telle offre multidisciplinaire est plus viable dans une petite municipalité qu’une plateforme exclusivement sportive.

Joannie et les autres patineurs allaient en classe l’avant-midi, puis étaient transportés par autobus jusqu’au centre où ils s’entraînaient. Ils avaient un horaire comprimé – en mathématiques, par exemple, ils voyaient la matière en cinq cours par semaine plutôt que six – et était exemptés des cours d’éducation physique puisqu’ils s’entraînaient plusieurs heures par jour, sur glace et hors glace. « Nous n’allions pas à l’école l’après-midi, mais des enseignants étaient là pour nous; si nous manquions une semaine en raison d’une compétition, nous pouvions rester à l’école après les classes pour nous rattraper la semaine suivante. On nous donnait aussi des travaux avant notre départ, pour nous aider à nous préparer pour des examens importants », se souvient-elle.

Plus tard, à l’École secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry, à Montréal, Joannie a bénéficié de ressources additionnelles, dont l’encadrement des meilleurs physiothérapeutes et entraîneurs hors glace.

Mieux encore, la patinoire était à deux pas de l’école – l’idéal pour revenir demander des explications sur un devoir, au besoin, entre deux entraînements. « Sur les murs, il y avait toutes ces photos de nos idoles, médaillés olympiques, qui avaient fréquenté l’école avant nous. C’était très motivant. » À cette époque, Joannie concourrait souvent à l’étranger. « Les enseignants savaient que nous allions manquer des cours à cause de compétitions – pas par manque de motivation. Ils faisaient tout pour nous aider quand nous étions là. »

Résister aux tentations

En cas de problèmes, les étudiants-athlètes pouvaient compter sur le directeur du programme sport-études, Ralph Bitton. « Il faisait une excellente gestion de notre horaire et, au besoin, venait expliquer une situation à un enseignant. On prenait un vol en fin de journée? On pouvait laisser nos valises dans son bureau – ce genre de choses. Il rencontrait individuellement les élèves qui avaient des difficultés. Il peut être difficile de tisser des liens avec des adolescents; M. Bitton y excellait et comprenait notre réalité. C’était très rassurant. »

En cas de conflit d’horaire, l’examen d’un athlète pouvait être déplacé. Le programme n’en demeurait pas moins exigeant. Les élèves devaient y maintenir une moyenne d’au moins 75 %.

En compétition, Joannie devait aller puiser loin la motivation de retourner étudier à l’hôtel alors que d’autres patineurs, qui avaient fini leurs études secondaires, sortaient ensemble manger, faire des visites ou faire la fête. L’endroit où elle étudiait le mieux, c’était dans l’avion, avant et après les compétitions, parce qu’elle pouvait s’y concentrer sans distractions. « Je pouvais parfois faire des travaux pendant huit heures d’affilée. Au secondaire, vous en faites beaucoup en huit heures. Mais ça restait un surcroît de pression. Pour moi, l’école a toujours été un peu stressante, à cause des notes à maintenir. Pour être admise en médecine, je devais avoir d’excellents résultats. C’est pourquoi j’ai fait mon cégep [études collégiales préuniversitaires au Québec] à temps partiel. Pendant les saisons olympiques [2009-2010, de même que 2005-2006, où elle s’est classée 5e], j’ai interrompu mes études pour me concentrer sur le patin. Quand je faisais les deux, je finissais mes journées tellement fatiguée et stressée. Mais je ne regrette pas d’avoir alterné entre sport et études. J’avais le sentiment d’avoir une vie équilibrée; j’avais de l’intérêt pour autre chose que le patin », ajoute celle qui était récemment intronisée au Temple de la renommée de Patinage Canada.

Cette année, pour la première fois depuis sa tendre enfance, Joannie Rochette a véritablement relégué le patinage artistique à l’arrière-plan. Même les Jeux olympiques d’hiver de 2018, en Corée du Sud, ne réussiront pas à détourner la double médaillée olympique – et commentatrice aux Jeux de Sotchi de 2014 – de sa mission médicale.

Joannie Rochette, l’étudiante, poursuit désormais un nouveau rêve.   


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