2017 French Articles

Une inquiétude croissante : sommes-nous prêts pour l’herbe?

La légalisation de la marijuana est-elle mise en place dans la confusion?

Pendant que les libéraux de Justin Trudeau préparent le pays à la légalisation de la marijuana, des spécialistes de la santé examinent la situation avec étonnement. Pourquoi? Parce qu’il ne s’est pas fait grand-chose en matière d’éducation du public dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet. La communauté médicale rappelle au législateur sa responsabilité éthique d’avertir la population – et en particulier les jeunes – qu’une drogue psychotrope est en voie de devenir accessible aux personnes de 18 ans et plus. Ce fait est extrêmement important, compte tenu des dizaines d’études qui démontrent les effets nocifs de la marijuana sur le développement du cerveau des jeunes.

La marijuana, drogue de choix des ados

La nécessité de sensibiliser les jeunes aux risques associés à la consommation de marijuana arrive peut-être un peu tard. Le Canada n’est qu’à quelques mois de légaliser le cannabis, dont la consommation par les jeunes est déjà une source d’inquiétude à l’échelle nationale. La Dre Amy Porath, du Centre canadien de lutte contre les toxicomanies, a mené une vaste recherche sur la consommation de cannabis chez les jeunes. Cette recherche confirme ce que la plupart des gens savent déjà : le cannabis est la drogue de choix des ados. La Dre Porath nous éclaire davantage lorsqu’elle affirme que le niveau de consommation de cannabis chez les jeunes Canadiens figure parmi les plus élevés au monde. Elle cite une étude réalisée en 2016 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la consommation de marijuana chez les jeunes sur une période de 30 jours. Le Canada occupe le second rang sur 40 pays (après la France), 13 % des jeunes Canadiens ayant fumé de l’herbe pendant la période à l’étude. De plus, selon un rapport publié par l’OMS en 2009, le Canada est en tête des pays développés (dans une enquête menée dans 29 pays) pour ce qui est de la consommation de cannabis chez les jeunes.

Un examen approfondi

Quand on approfondit l’examen des statistiques, la ventilation des données donne une image plus précise de la consommation. D’après certaines estimations, un cinquième des jeunes Canadiens a fumé du pot au cours de la dernière année. Statistique Canada avance que la consommation de cannabis augmente à chaque année du secondaire (9e année : 10,3 %; 10e année, 25,2 %; 11e année, 35,1 %; 12e année, 37,2 %). Des études révèlent également que la consommation quotidienne de marijuana est plus courante que la consommation quotidienne d’alcool chez les élèves de la fin du secondaire, dont 5 à 6 % admettent fumer de l’herbe tous les jours (comparativement à 2 ou 3 % qui boivent de l’alcool).

La sensibilisation

Les données sont donc claires : les jeunes Canadiens fument déjà beaucoup de marijuana. Maintenant qu’avec la Loi sur le cannabis (projet de loi C-45), on s’apprête à légaliser la consommation de marijuana à des fins récréatives par les personnes de 18 ans et plus après le 1er juillet 2018, les autorités commencent à se rendre compte que l’éducation du public doit viser à informer les gens des dangers potentiels de la consommation de marijuana. C’est là une réponse bien tardive au Groupe d’experts du gouvernement qui, en novembre 2016, jugeait nécessaire de « consacrer un financement adéquat pour mettre en œuvre, dans les plus brefs délais et avant la légalisation, une campagne nationale d’éducation dynamique et continue auprès du public[l1]  ». Ce n’est que lors du dépôt de son plus récent budget que le gouvernement s’est engagé à éduquer le public en annonçant un investissement de 9,6 millions de dollars dans une campagne de sensibilisation. Le problème, c’est que cet engagement financier est réparti sur cinq ans. Marc Paris, de Jeunesse sans drogue Canada, croit que le gouvernement devrait consacrer 10 millions de dollars par an à la sensibilisation du public et axer une portion importante de cette campagne à la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis.

Un mythe : la marijuana aide à mieux conduire

Tout comme ses homologues de MADD Canada et de l’Association canadienne des automobilistes (CAA), M. Paris refuse d’attendre que les pouvoirs publics amorcent leurs activités de sensibilisation. Son organisme a déjà conçu des publicités qui s’attaquent à une idée reçue sur la conduite après avoir fumé, à savoir que le cannabis améliore la conduite. Ce mythe paraît contradictoire à la plupart des gens raisonnables. Comment, en effet, une substance psychotrope qui émousse les réflexes et affaiblit le jugement pourrait-elle améliorer l’exécution d’une tâche exigeant constamment de prendre des décisions et de réagir rapidement? Pourtant, bon nombre de consommateurs ont réussi à propager cette idée fausse. Dans un récent sondage d’opinion EKOS, 25 % des Canadiens interrogés ont admis avoir conduit après avoir fumé de la marijuana. Une autre tranche de 30 % déclare avoir pris place dans une voiture conduite par une personne ayant fumé de la marijuana; cette proportion grimpe à 42 % chez les répondants de 19 à 24 ans. Maintenant, les défenseurs de la sécurité comme M. Paris tentent de mener la charge pour réfuter ce mythe et convaincre la population que la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool ou par le cannabis, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Pour dire les choses simplement : consommer et conduire, ça ne va pas ensemble! Il faut transmettre ce message, en particulier aux jeunes conducteurs.

Le cannabis et le développement du cerveau

Si Jeunesse sans drogue Canada, MADD Canada et la CAA font de leur mieux pour contrer la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis, le gouvernement s’apprête à lancer ce qu’il annonce comme une campagne d’éducation percutante et fondée sur les faits, ciblant les jeunes avec cette vérité : la marijuana n’est pas inoffensive. La Dre Christina Grant, spécialiste en médecine des adolescents et professeure agrégée à l’Université McMaster de Hamilton, en Ontario, est catégorique : « D’après les écrits scientifiques, il n’y a aucun doute possible que la consommation de cannabis avant le milieu de la vingtaine est associée à des effets structurels et fonctionnels délétères sur le développement du cerveau. » Pourquoi? Parce que le cortex préfrontal des personnes de moins de 25 ans continue de se développer. Cette région du cerveau est le siège du raisonnement et du contrôle des impulsions. La consommation régulière (quotidienne ou hebdomadaire, selon les individus) de marijuana altère la chimie du cerveau, ce qui, chez beaucoup d’utilisateurs, provoque une augmentation du risque d’épisodes psychotiques pouvant atteindre 40 %. C’est pourquoi bon nombre de responsables des services de santé réclament que l’âge minimum de la consommation légale de cannabis soit fixé à 25 ans.

Un mythe : la marijuana ne crée pas de dépendance

Malgré un autre mythe répandu par les consommateurs, la marijuana est bel et bien toxicomanogène, car il s’agit d’une drogue psychotrope qui altère l’humeur et agit sur le système de récompense du cerveau. Pour parler simplement, chez bien des consommateurs, la marijuana est une source de plaisir, qui libère de la dopamine dans le système de l’utilisateur. La dopamine est un neurotransmetteur chimique qui dit au consommateur : « Ça, c’est bon, refais-le. » Ce message se transforme en un état de manque et un désir de répéter l’expérience. D’après Victoria L. Creighton, directrice clinique de l’Institut Pine River, un centre de traitement des jeunes aux prises avec des problèmes de dépendance : « La plupart […] des ados croyaient que la marijuana était une substance inoffensive, “pas vraiment un problème”, jusqu’à ce qu’ils soient allés trop loin […] Notre expérience nous a appris que la consommation précoce et fréquente de cannabis a plusieurs conséquences négatives pour les jeunes, en particulier sur le plan de la maturité émotionnelle. »

Un marché contrôlé par l’État

Voilà donc le défi à relever par le gouvernement dans la campagne qu’il se prépare à lancer pour sensibiliser les jeunes aux effets de la consommation de marijuana dans un Canada où elle sera légalisée. Du point de vue du premier ministre Justin Trudeau, les statistiques indiquent que les jeunes fument déjà de l’herbe et que la légalisation du cannabis devrait rendre sa consommation plus sécuritaire : « Nous savons qu’à l’heure actuelle, les mineurs ont plus facilement accès à la marijuana au Canada que dans pratiquement tous les autres pays du monde. » M. Trudeau croit que la légalisation permettra à l’État de contrôler la quantité de cannabis sur le marché et sa qualité. Il espère couper l’herbe sous le pied des trafiquants et faire de la vente et de la distribution de marijuana un monopole public. En fait, les libéraux s’en font si peu au sujet de la légalisation qu’ils vont jusqu’à décriminaliser la possession : les jeunes de 12 ans et plus peuvent posséder jusqu’à cinq grammes et les adultes d’au moins 18 ans, jusqu’à 30 grammes, sans être accusés d’infraction à la loi.

Dans l’intervalle, la campagne de sensibilisation devrait débuter au printemps 2018, ce qui est très tard, selon bon nombre de critiques. Les libéraux savaient que la légalisation allait découler de leur élection à l’automne 2015. Ils comptaient peut-être sur des groupes comme Jeunesse sans drogue Canada pour s’occuper de la campagne d’éducation du public en leur nom. Quoi qu’il en soit, le gouvernement doit assumer la responsabilité d’un calendrier de légalisation de la marijuana qui, jusqu’ici, n’a guère mis l’accent sur l’éducation des jeunes.

Néanmoins, le pays n’est qu’à quelques mois de la légalisation. Le gouvernement espère qu’une société de marketing innovatrice remportera l’appel d’offres pour l’éducation du public et présentera un programme touchant aux thèmes essentiels : les risques de la consommation de cannabis et ses effets sur le développement du cerveau. Ce programme pourrait se concrétiser sous forme de publicité, de concerts ou de festivals visant directement à faire comprendre aux jeunes dans quoi ils s’embarquent quand ils choisissent de fumer de l’herbe.

Par : Sean Dolan


Renseignements supplémentaires / Encadré :

Le jargon du cannabis – marijuana, bat, beu, canna, chanvre, dope, fumette, ganja, hasch, herbe, joint, mari, marie-jeanne, pétard, pot, shit, sinsemilla, space cake.

Effets à court terme

  • Sentiment de plaisir, de détente.
  • Sociabilité accrue.
  • Sensations exacerbées.
  • Problèmes de mémoire et d’apprentissage.
  • Distorsion de la perception, faculté de réflexion affaiblie.
  • Paranoïa.
  • Tremblements, perte du contrôle moteur, accélération du rythme cardiaque, crises de panique.

Effets à long terme

  • Évolution des pensées, des sentiments et des comportements.
  • La consommation régulière de marijuana par les jeunes peut provoquer une augmentation du risque de psychose ou d’épisodes psychotiques pouvant atteindre 40 %.
  • Chez les personnes ayant des antécédents familiaux de troubles mentaux, la marijuana peut déclencher une augmentation du risque d’anxiété, de dépression et même de schizophrénie.
  • La consommation régulière est associée à l’insuccès scolaire et à une baisse des capacités cognitives.
  • La consommation régulière chez les jeunes peut restreindre ou compromettre le développement du cortex préfrontal, la région du cerveau qui est le siège du contrôle des impulsions, de la mémoire de travail, de la planification, de la résolution de problème et de la régulation des émotions.

(Source : Jeunesse sans drogue Canada.)

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