2018 French Articles

La lutte aux cyberprédateurs

Protéger les élèves du leurre par Internet et de l’exploitation sexuelle

C’est un scénario cauchemardesque. Lui, il hante les plateformes de médias sociaux et les bavardoirs (chat rooms). D’un clic à l’autre, il cherche une jeune personne vulnérable. Intelligent et manipulateur, il sait quelles questions lui poser, quels renseignements lui demander. Elle, elle est flattée par l’attention et l’affection que lui manifeste cet adulte qui lui semble aimable. Les échanges se poursuivent, parfois sur quelques jours, parfois pendant des mois. Cela prend le temps qu’il faut. La conversation finit par prendre une tournure sexuelle. On s’échange des images de nudité, des désirs, puis on se donne rendez-vous dans un motel voisin. Espérons qu’un parent, une amie ou un enseignant apprendra ce qui se passe et y mettra un frein. Autrement, la rencontre aura lieu et toute une vie sera chamboulée.

Dans l’actualité

De temps à autre, des histoires comme celle-là font surface dans les médias. Bien sûr, on n’entend parler que des incidents qui font la manchette : beaucoup de cas d’adultes ayant attiré des enfants dans une situation compromettante ne sont jamais révélés à la presse ou sont cachés par des parents inquiets et des victimes terrorisées. Tout cela fait partie du monde insidieux du leurre par Internet et de l’exploitation sexuelle.

Pas de croissance effrénée

Les conseillers en orientation entendent souvent parler de cette forme d’abus à l’égard des enfants soit par la victime elle-même, soit par des amis ou des membres de la famille inquiets. La perspective qu’une jeune personne entre en relation avec un adulte manipulateur qui cherche à l’attirer dans une situation risquée n’a rien de rassurant; ce qui l’est, toutefois, c’est que le leurre par Internet n’est pas un phénomène généralisé qui prend de l’ampleur. D’après les statistiques policières, la proportion des jeunes victimes de leurre par Internet est extrêmement faible (trois cas par 100 000 jeunes au Canada), et même si, en réalité, les cas de prédation sont beaucoup plus nombreux que cela, les chiffres ne s’approchent aucunement des proportions épidémiques que mentionnent parfois les médias. Pour résumer, le leurre par Internet est un phénomène préoccupant qu’on peut toutefois éviter par des pratiques parentales vigoureuses, par un enseignement réfléchi et par une utilisation judicieuse des compétences numériques chez les jeunes.

Qui est à risque?

L’immense majorité des jeunes ne sont pas à risque de leurre par Internet. Les spécialistes s’entendent toutefois sur un profil général de la victime de leurre. Selon cette tendance, une personne à risque serait :

  • âgée de 13 à 17 ans;
  • soit une fille, soit un garçon gai ou qui s’interroge sur son orientation;
  • une victime de sévices physiques ou sexuels;
  • en conflit majeur avec ses parents ou ses tuteurs;
  • disposée à adopter un comportement à risque.

Ce dernier point semble le plus important. Des études contemporaines indiquent que les jeunes personnes disposées à adopter un comportement à risque sont particulièrement vulnérables aux abus d’un adulte manipulateur. Cette perspective s’applique aussi bien aux activités concrètes que virtuelles. Autrement dit, si une jeune personne se laisse convaincre de transgresser clairement les limites d’une conduite acceptable pour entrer dans une zone de risque connu, elle devient une victime potentielle de l’exploitation. Dans le cas du leurre par Internet, certaines actions comportent un haut niveau de risque. Les comportements suivants exposent particulièrement les jeunes au leurre par Internet et à l’exploitation sexuelle :

  • communiquer des données personnelles à un inconnu;
  • consulter et utiliser des bavardoirs ou des plateformes de médias sociaux destinés aux adultes;
  • engager une conversation à connotation sexuelle avec un inconnu;
  • diffuser des images de nudité sur Internet ou par texto.

En soi, ces comportements n’indiquent pas que la personne sera victime de leurre par Internet et d’exploitation sexuelle, mais ce sont des marqueurs généralement acceptés de la victime de leurre. Et ce sont aussi les marqueurs que surveillent les prédateurs à la recherche d’une victime. Ceux-ci savent également à quel point il peut être épouvantablement facile de s’immiscer dans la vie personnelle des jeunes, comme l’indiquent les statistiques suivantes :

  • 30 % des jeunes déclarent s’inscrire sous leurs nom et adresse véritables dans les plateformes virtuelles nécessitant un compte dans les médias sociaux;
  • 16 % des jeunes ont déjà visité volontairement un site Web pornographique;
  • 9 % des jeunes ont déjà consulté et utilisé un bavardoir pour adultes.

Ces chiffres donnent à penser que la plupart des jeunes personnes ne s’exposent pas à l’exploitation, mais trop d’entre elles se retrouvent quand même en position de vulnérabilité face à des adultes manipulateurs.

Qui sont les prédateurs?

Les prédateurs virtuels sont souvent des hommes de 18 à 34 ans. Cette tranche d’âge regroupe 60 % des personnes jugées et reconnues coupables de leurre par Internet en vertu du Code criminel du Canada. Ce groupe est réparti à parts égales entre les 18-24 ans et les 25-34 ans. Cependant, d’après une étude étatsunienne, la majorité de ces infractions sont commises par des personnes de moins de 21 ans et seulement 10 % des prédateurs virtuels ont plus de 21 ans.

Les prédateurs ciblent leurs victimes de façon très sélective. Comme le prédateur sait qui viser (comme on l’a vu ci-dessus), il réussit souvent à convaincre sa victime de le rencontrer et d’avoir une relation sexuelle. Les spécialistes qui étudient le leurre par Internet estiment important de dissiper le mythe du pédophile penché sur son écran d’ordinateur, qui trompe des enfants pour les amener à avoir une relation sexuelle avec lui. Il faut plutôt entretenir l’idée d’un homme jeune qui vise à manipuler une jeune personne vulnérable en vue d’une activité sexuelle. En fait, ces tentatives de manipulation sont tellement fructueuses que dans plus de 70 % des cas, le prédateur et sa victime se rencontrent plus d’une fois. Au bout du compte, les prédateurs virtuels ont rarement recours à la supercherie. Leur façon de convaincre une jeune personne vulnérable de s’exposer à une situation à haut risque est empreinte d’une transparence sournoise.

Que pouvons-nous faire?  

La meilleure chose qu’un parent, une enseignante ou un conseiller en orientation puisse faire face à la menace du leurre par Internet est de s’informer et d’informer les victimes potentielles au sujet de l’existence de cet acte criminel. Les parents doivent s’impliquer dans la vie de leurs enfants, insister sur l’obligation de garder les ordinateurs dans un endroit visible de la maison et considérer le téléphone de leur enfant comme un appareil familial auquel ils ont librement accès (sans entrer inutilement dans l’intimité de leur fils ou de leur fille). Les enseignants doivent présenter à leurs élèves les mérites de l’habileté numérique et de la réflexion critique, tout en leur rappelant que la communication de renseignements personnels et de photos compromettantes et les relations personnelles avec des adultes les exposent à un risque pour leur bien-être physique et émotionnel.

Quant aux conseillers en orientation, ils doivent être à l’affût des élèves qui tombent dans la catégorie à risque et élaborer des stratégies de mise en œuvre lorsqu’une ou un élève vient leur parler de son expérience avec un prédateur virtuel. Il est alors utile d’adopter les lignes de conduite suivantes :

  • Abordez le problème en équipe. La première chose à faire lorsqu’on vous informe d’un cas de leurre d’enfant est de consulter les spécialistes en travail social et en travail auprès des enfants et des jeunes de l’école, ainsi que l’administration.
  • Traitez l’élève avec soin. Exposez-lui le plus calmement possible la marche à suivre pour faire face à cette situation.
  • Demandez à un membre de l’équipe de communiquer avec les parents ou tuteurs de l’élève pour discuter de ce qui est arrivé.
  • Demandez à l’administration de contacter les services policiers en vue de porter des accusations pour leurre d’enfant par Internet.

Ces suggestions donnent une idée sommaire de ce qu’on peut faire lorsqu’on est confronté à un cas de leurre d’enfant et d’exploitation sexuelle. Selon le cas, la marche à suivre est très variable. Entre autres obstacles, le conseiller ou la conseillère se heurtera peut-être à une résistance de la part de la victime. Souvent, la jeune personne est conditionnée à l’idée que l’adulte qui l’a leurrée est « l’amour de sa vie ». Cette conviction la rend très réticente à poser un geste ou à faire une déclaration préjudiciable à l’adulte responsable de cet acte criminel. Si le leurre par Internet et l’exploitation sexuelle ne sont pas une préoccupation immédiate pour la plupart des adolescents, les quelques personnes qui subissent ces actes sont les mêmes qui finissent par révéler leur victimisation dans le cabinet d’un psychologue, d’une travailleuse auprès des enfants et des jeunes ou d’un conseiller en orientation. Il importe d’être conscient et à l’affût de cette forme de manipulation afin de pouvoir prendre des mesures appropriées pour protéger les élèves dont nous avons la charge.

Par : Sean Dolan


Le leurre par Internet et la loi

En 2002, le législateur canadien a dû réviser le Code criminel pour combattre une nouvelle tactique utilisée par les prédateurs sexuels pour entrer en contact avec des victimes potentielles. Les organismes d’application de la loi étaient confrontés à de jeunes victimes de violence sexuelle qui avaient été leurrées et conditionnées par des adultes à des fins sexuelles dans des bavardoirs Internet. La nouvelle disposition du Code criminel interdit aux adultes « de communiquer avec des enfants [de moins de 18 ans] sur Internet dans le but de commettre une infraction d’ordre sexuel ». Cette disposition donne du mordant à la loi, car 75 % des personnes inculpées de leurre par Internet sont reconnues coupables.

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