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Le Wapikoni : un avenir florissant

One of Wapikoni mobile studios with youth, during the Wikwemikong workshop in 2017. - Credit: Mathieu Buzzetti Melançon

Un studio ambulant original sert d’outil de transformation sociale pour les Premières Nations en région éloignée

Emilio Wawatie a fait connaissance avec le Wapikoni au début de l’adolescence. L’arrivée du studio ambulant à l’école de Kitigan Zibi (Québec), réserve algonquine à une heure et demie de voiture d’Ottawa, avait grandement piqué sa curiosité. Sa tante, qui avait étudié en production vidéo en Ontario, avait été recrutée pour coordonner le séjour d’un mois dans la communauté de ce programme avant-gardiste qui vise à donner aux jeunes Autochtones les compétences sociales et techniques nécessaires pour réaliser un projet vidéo collaboratif.

« La première fois, je n’ai pas fait de film, mais j’ai joué dans celui de mon cousin et j’ai aussi fait sa trame sonore. C’est là que j’ai commencé à jouer de la guitare électrique », dit Emilio en se remémorant ses premiers contacts avec l’organisme sans but lucratif il y a une douzaine d’années. Depuis son lancement en 2004, le Wapikoni mobile a permis aux participants de faire résonner leurs voix et de faire connaître leurs cultures aux quatre coins du Canada et ailleurs dans le monde. À ce jour, l’organisme de Montréal a envoyé son studio audiovisuel et musical ambulant dans des dizaines de communautés autochtones, travaillé avec 4600 participants et publié plus de 1000 courts métrages d’adolescents et de jeunes adultes autochtones en anglais (www.wapikoni.ca/home) et en français (www.wapikoni.ca) sur son site Web.

Le Wapikoni mobile est un outil d’intervention et de transformation sociale. Son programme rigoureux offre un rempart contre l’isolement, le décrochage, la criminalité, les dépendances et le suicide tout en renforçant l’estime de soi, la persévérance et la résilience. Le processus de création cinématographique autonomise les jeunes et leur permet de prendre de l’assurance tout en leur offrant une tribune pour aborder des sujets difficiles. Les participants ont généralement entre 15 et 30 ans.

L’Assemblée des Premières Nations a récemment qualifié le Wapikoni de pratique exemplaire en matière d’éducation autochtone.

Pour sa part, Emilio se dit surtout impressionné par l’effort sincère de l’équipe ambulante du Wapikoni pour comprendre chaque communauté autochtone qu’elle visite, créer des liens avec les gens et encourager les jeunes à participer.

« Ça aide les jeunes à s’exprimer. Ils ont toujours eu une voix, mais le Wapikoni leur donne un moyen de parler plus fort et de se faire entendre. Le programme a aidé beaucoup de jeunes à sortir de leur coquille, à s’épanouir. »

Justement, le mot « wapikoni » veut dire « fleur » en langue atikamekw.

La première semaine du programme, les participants assistent à des ateliers en après-midi et en soirée pour développer et préciser leur idée de film. Les deux semaines suivantes, ils déterminent où et comment tourner leurs scènes, puis procèdent au tournage lui-même. Le montage et la postproduction se font la dernière semaine, qui se termine par la projection des films devant les membres de la communauté.  

Grâce au Wapikoni, quelques cinéastes en herbe ont eu la chance de sortir de leur patelin pour participer à des festivals de cinéma, événements culturels et conférences d’envergure, comme les sessions de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones.

« Ces jeunes peuvent découvrir de nouveaux endroits et voir le monde, puis, de retour chez eux, encourager les autres à poursuivre leurs rêves », dit Emilio, qui a assisté à deux sessions de l’Instance.

Le jeune homme, dont le nom signifie « lueurs boréales », a écrit et réalisé son premier film à 18 ans lors d’une visite du Wapikoni mobile à Maniwaki, où il habitait et était inscrit à l’éducation des adultes.  

« Ils nous ont laissés nous amuser avec la caméra et regarder les images. Je me suis mis à avoir plein d’idées. Ce soir-là, je me suis présenté avec des pages et des pages d’idées et d’images qui m’étaient venues et que je voulais concrétiser. »

C’était la genèse du premier court métrage d’Emilio, intitulé Anishnabe Aki.

« Ça m’a donné encore plus la piqûre de la vidéo. Ce n’était pas nouveau pour moi, parce que mon grand-père, qui m’a élevé, était lui-même musicien et vidéaste, mais le Wapikoni m’a donné les moyens d’aller plus loin. Ça m’a ouvert une porte et a offert un plus vaste exutoire, disons, à ma créativité. »

Quelques années plus tard, le Wapikoni a délégué Emilio à New York en tant que représentant de l’organisme et de ses cinéastes pour accepter un prix de l’Alliance des civilisations des Nations Unies.

À partir de là, comme le dit Emilio, « les choses ont déboulé ».

Son cousin, un jeune Mi’kmaq et lui-même ont ensuite été invités en Finlande pour découvrir la culture des Samis. Après avoir noté des similitudes frappantes entre l’expérience des Samis en Europe du Nord et celle des peuples autochtones du Canada, le trio a réalisé le film Finding the Light pour en témoigner.

Les courts métrages du Wapikoni ont remporté plus de 150 prix lors de prestigieux événements et festivals. Le programme a créé une nouvelle génération de leaders en éducation, en action culturelle et communautaire ainsi qu’en politique.

Emilio, qui a aujourd’hui 26 ans, en est la preuve vivante. Sa relation de longue date avec le Wapikoni lui a donné accès à des expériences uniques qui ont façonné ses ambitions pour l’avenir. Il aimerait un jour créer un établissement d’enseignement postsecondaire à la fois traditionnel et moderne pour préserver et promouvoir les langues et cultures autochtones, comme l’ont fait les Samis en Finlande.  

Aujourd’hui, il se consacre d’abord et avant tout à la musique, discipline qu’il étudie à l’Université Concordia de Montréal. Son troisième court métrage, The Music in Me, s’inspire des paysages et des sons qui ont bercé son enfance dans la nature sauvage près de la Première Nation de Lac-Barrière.

« Maintenant que j’étudie la composition et que je crée de la musique, j’ai beaucoup d’idées intéressantes pour combiner les rythmes et mélodies autochtones, et les adapter à la guitare classique, à un quatuor à cordes ou à une symphonie, dit-il. Je veux donner une nouvelle forme à la musique, mais de façon respectueuse, car beaucoup de ces mélodies sont sacrées et associées à des cérémonies. »

Jusqu’à tout récemment, le Wapikoni mobile concentrait ses activités au Québec, mais des fonds de Canada 150 lui ont permis de se rendre dans d’autres provinces. L’organisme souhaite élargir la portée de ses activités au Canada, selon les ressources disponibles. Il est également ouvert aux demandes d’écoles urbaines qui souhaiteraient accueillir le Wapikoni mobile pour leurs élèves autochtones.

On trouvera les plus récentes nouvelles du Wapikoni sur sa page Facebook : www.facebook.com/wapikoni

Par : Laurie Nealin

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