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#MoiAussi à l’école

Le journaliste David Crary, de l’Associated Press, écrivait récemment : « Grâce à la vaste portée des médias sociaux et à la prévalence de l’inconduite sexuelle dans pratiquement toutes les sociétés, le mouvement #MoiAussi s’est avéré un véritable phénomène mondial. » D’après une étude menée en 2011 par un regroupement de femmes universitaires, l’American Association of University Women, près de la moitié des élèves de la 7e à la 12e année déclarent avoir vécu le harcèlement sexuel à l’école. Une étude antérieure du même organisme montre qu’un élève sur dix a subi l’inconduite sexuelle d’un enseignant. Le déni de la possibilité qu’une telle chose arrive dans nos écoles locales est devenu une position intenable. Nous sommes quotidiennement bombardés par des cas d’agression et de harcèlement sexuels survenus dans toutes les strates de la société. Compte tenu de l’instantanéité des médias sociaux et de l’usage ubiquiste de la technologie par les ados, il est peu probable que cet enjeu disparaisse. Les administrateurs, les enseignants et les conseillers scolaires feraient bien de se préparer à l’inévitable. Le mouvement #MoiAussi peut devenir une occasion d’assurer la mise en place, dans nos écoles, d’une politique qui protège les élèves et le personnel.

Pour que les élèves puissent développer les compétences et les attitudes dont les jeunes ont besoin pour devenir des adultes en santé et productifs, il faut que leur école soit un lieu sûr. En coulisse, cette sécurité ne peut s’instaurer que si l’administration a éduqué son personnel et les élèves et fixé clairement les limites qui séparent le comportement acceptable de l’inacceptable au sein de la communauté scolaire. Idéalement, les établissements doivent élaborer une politique à l’échelle du conseil concernant le traitement des cas de harcèlement sexuel, la formation des administrateurs scolaires et du personnel sur la marche à suivre quand ce genre de situation survient, et le processus permettant aux élèves d’exposer leurs griefs. Les élèves sont mieux outillés quand on leur enseigne à comprendre leur droit de dire « non » et à faire confiance à leur sens des limites à ne pas franchir. Quand leurs enseignants modélisent et enseignent ce comportement, les élèves se sentent en confiance et en sécurité dans leur école.

Le Thames Valley District School Board, en Ontario, donne du harcèlement sexuel la définition suivante : « toute remarque verbale, insulte, référence, blague ou observation […] transmise par n’importe quel moyen ou média, de nature sexuelle […] réputée malvenue ou devant raisonnablement l’être, du fait qu’elle pourrait être une source d’insécurité, de malaise, d’offense ou d’humiliation ». Malheureusement, les mots ne suffisent pas pour assurer la protection adéquate du personnel ou des élèves, pas plus que pour transformer le climat et la culture d’une école. L’intervention des syndicats, des avocats et des services policiers est souvent une indication que les étapes de la procédure n’ont pas produit de résultat satisfaisant. Voilà une bonne raison non seulement de mettre en place une politique claire, mais aussi de faire le nécessaire pour former et sensibiliser le personnel.

Éducation physique et santé Canada (EPS Canada) a élaboré un programme de sensibilisation sur la nature du harcèlement et des abus. L’organisme affirme qu’il faut d’abord comprendre la dynamique du harcèlement avant de pouvoir commencer à mettre en place des stratégies pour l’éliminer. L’école a l’obligation civile d’offrir un environnement sans harcèlement. Il est inefficace de traiter les cas de harcèlement ou d’abus comme des incidents isolés. Cette stratégie ne contribue guère à remédier aux causes profondes qui sont ancrées dans la culture de l’école, pas plus qu’à améliorer les connaissances du personnel ou à le sensibiliser. Souvent, seules quelques personnes participent à la recherche d’une solution à un problème. Les résultats risquent alors d’être décevants, comme dans le cas d’un enseignant accusé de harcèlement sexuel en Ontario qui, après une sanction disciplinaire, a été simplement réaffecté à une autre école, où il a récidivé.

Le Toronto Star a relevé 27 cas semblables d’abus perpétrés par des enseignants en Ontario de 2012 à 2017. Après une enquête menée par leur conseil scolaire, ces personnes ont fait l’objet d’une sanction disciplinaire et ont été transférées au moins une fois à une nouvelle école avant même que leur cas soit porté à l’attention de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Cet organisme provincial de surveillance et d’agrément a constaté que toutes les allégations de harcèlement et d’abus étaient avérées. Dans neuf de ces cas, les enseignants avaient récidivé à l’école où ils avaient été transférés. Cette politique imprudente est désignée par l’euphémisme « transfert administratif ».

Dans un sondage provincial mené par la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario, plus de 80 % des élèves de sexe féminin ont déclaré avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel en milieu scolaire. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que le problème est répandu et systémique, et qu’il a le potentiel d’empoisonner l’environnement de l’école, au détriment des élèves et du personnel. « Les enseignants reconnus coupables d’une forme d’inconduite envers des élèves ne devraient pas être transférés à un autre établissement », selon Nick Scarfo, Ph. D., professeur adjoint au département du curriculum, de l’enseignement et de l’apprentissage à l’Université de Toronto.

La Loi de 2016 protégeant les élèves (projet de loi 37 de l’Ontario) oblige l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario à révoquer automatiquement le certificat de ses membres dans les cas d’inconduite sexuelle envers leurs élèves. Toutefois, la province n’insiste sur la révocation du certificat de l’enseignant contrevenant que dans les cas d’infractions ayant une « nature haineuse et explicite », une expression qui ouvre la porte à diverses interprétations. Par ailleurs, d’après une enquête du Toronto Star, l’ancienne école de l’enseignant et son conseil scolaire ne sont pas tenus de mentionner ses antécédents disciplinaires à la direction de l’école où il est transféré. C’est malheureux, mais il semble que personne n’ait la responsabilité de voir à ce que la direction de la nouvelle école soit avisée.

Dans un contexte pédagogique, on peut définir le harcèlement sexuel comme étant tout comportement malvenu ou discriminatoire de la part d’autres élèves ou du personnel adulte de l’école. Le droit canadien a établi que ni l’intention ni le motif n’entre en ligne de compte dans une accusation de ce genre. Il suffit que la victime ait ressenti l’effet de la discrimination ou du harcèlement. Les autorités scolaires ont l’obligation civile de prendre le harcèlement au sérieux et d’y remédier efficacement. Il importe donc, plus que jamais, que tous les membres de la communauté scolaire connaissent les limites claires à ne pas franchir et les comportements appropriés. Dans ce cas, l’éducation et l’information sont les outils les plus efficaces.

Pour les élèves, l’information peut être communiquée sur des affiches, dans des manuels et lors de présentations en classe. La formation de tout le personnel devrait être obligatoire et offerte périodiquement. Ces présentations doivent définir le harcèlement sous toutes ses formes, proposer une marche à suivre claire pour l’intervention et expliquer l’importance de la documentation. L’administration et le personnel de l’école doivent connaître les lois sur le signalement obligatoire des cas d’agression et de harcèlement sexuels. Cette connaissance est essentielle pour que chaque enseignant soit en mesure de réagir en cas de crise d’une ou d’un de ses élèves.

La plupart des établissements scolaires croient avoir des politiques adéquates en place, mais celles-ci sont souvent lacunaires au regard d’une dimension particulière. La chercheuse en éducation Charol Shakeshaft, qui a beaucoup étudié les abus sexuels en milieu scolaire, attire notre attention sur cette lacune potentielle : « Quand [l’administration] traite du harcèlement de l’adulte envers l’élève, elle le traite selon son cadre du harcèlement sexuel, c’est-à-dire le comportement indésirable. Bien entendu, pour un jeune, le caractère désirable ou indésirable n’a pas d’importance. Le harcèlement est tout simplement interdit. » Le déséquilibre de pouvoir qui est inhérent à la relation entre les adolescents et leurs enseignants risque malheureusement d’être exploité. Le message au personnel devrait être limpide : tout contact physique inapproprié du personnel de l’école avec les élèves est inacceptable.

La collaboration et la transparence sont essentielles à la compréhension et à la mise en œuvre d’une bonne politique. Des études soulignent l’importance d’une formation obligatoire, programmée pendant toute l’année scolaire et offerte à toute la communauté. La promotion de la politique est également importante pour les élèves et employés qui sont témoins d’un incident. Ceux-ci savent qu’ils ont la responsabilité de signaler ce qu’ils ont vu. Ainsi, la communauté sait précisément quels comportements contreviennent aux règles et doivent être signalés. L’élaboration d’une politique claire pour tous les participants de l’école est un atout précieux.

Une division scolaire de Winnipeg a peut-être une solution. Selon son directeur général, « la réponse de la division à une violation de son code de conduite par un enseignant comporte à la fois des conséquences et un soutien. » Les mesures en place pour traiter le problème comprennent un avertissement, une lettre dans le dossier personnel, puis une première et une deuxième suspension, généralement sans salaire. La dernière étape est le congédiement. Des services de counseling sont offerts pendant tout le processus. « Pour un harcèlement de nature sexuelle, le protocole est différent. » D’abord soumis à la direction de l’école, le cas fait ensuite l’objet d’une réunion inclusive avec l’enseignant, le directeur général et un cadre fonctionnel de la Manitoba Teachers’ Society. Si, au cours de l’enquête, l’allégation se confirme, l’enseignant est congédié. Tous les nouveaux membres du personnel doivent suivre un cours en ligne de quatre heures intitulé Respect à l’école[1], qui porte sur le respect envers ses collègues, les élèves et le lieu de travail. Les documents du cours et les étapes du protocole sont passés en revue dans le cadre de réunions du personnel. Les élèves apprennent les attentes quant à leur comportement en classe et aux assemblées.

Près de 70 % de toutes les agressions sexuelles signalées touchent des enfants de moins de 17 ans. Les épisodes de harcèlement sexuel ont des conséquences graves et permanentes pour les élèves qui les subissent, surtout lorsqu’aucune mesure n’est prise. Ces élèves risquent de se désengager de leurs études et des activités parascolaires. Ils manquent ou abandonnent des cours et souffrent d’anxiété et de dépression, ce qui entraîne souvent une perte de sommeil et d’appétit. Leur concentration est perturbée et leur estime de soi en prend un coup. Les sentiments de tristesse, de honte et d’isolement social peuvent les pousser vers l’alcoolisme et la toxicomanie. Dans les cas extrêmes, certains élèves envisagent ou tentent de se suicider. La vulnérabilité d’un élève au harcèlement empire quand elle se combine à des problèmes de genre, de race ou d’incapacité. Ces problèmes sont particulièrement toxiques pour des adolescents qui ont déjà de la difficulté à assumer leur identité, leur sexualité et la pression de leurs pairs. L’influence des médias, surtout les médias électroniques, est particulièrement inquiétante, car ils perpétuent les stéréotypes négatifs, illustrent la violence de genre et modélisent des relations malsaines. Beaucoup de jeunes passent une grande partie de la journée en ligne, souvent sans la surveillance ou la supervision d’un adulte. Dans ces circonstances, leur prédisposition à devenir la cible de harcèlement sexuel en ligne s’accentue fortement. Dans la vaste sphère des réseaux sociaux, la publication de photos et vidéos inappropriées et le commérage peuvent occasionner un sérieux préjudice psychologique. Dans bien des écoles, le code de conduite comprend maintenant des mesures disciplinaires contre tout comportement, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement, qui a un effet négatif sur le climat scolaire. Internet amplifie certains comportements négatifs des adolescents; il incombe aux enseignants et aux parents d’en prendre note et d’agir en conséquence. Il sera bénéfique pour nous tous de tenir la prochaine génération à l’abri des comportements scandaleux, à l’école et en ligne.

Par : Alison Zenisek

1: info@respectgroupinc.com

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