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Retour en force : Réintégrer un élève après une absence prolongée

Aider les élèves en crise constitue un réflexe pour la plupart des éducateurs. Ainsi, lorsqu’un élève subit un événement traumatisant (blessure, maladie, crise de santé mentale ou autre), toute l’équipe-école met les bouchées doubles. L’élève reçoit soudain un torrent de compassion, et l’équipe – dont la bonne volonté ne survit pas toujours au rythme effréné de la vie scolaire – planche sur un plan qui facilitera un peu la vie de l’élève en difficulté. Or il arrive que l’école n’arrive pas à créer toutes les conditions favorables à un retour en force après une crise. C’est pourquoi il faut mettre en place des mécanismes de protection des élèves qui reviennent en classe après une absence prolongée.

Voici donc, en guise d’inspiration, quelques exemples de transition réussie pour différents profils d’élèves contraints de s’absenter longtemps.

Blessures graves

Blessée gravement dans un incendie, Christine doit manquer une bonne partie de sa onzième année. Le directeur travaille donc avec sa famille pour que celle-ci sache que la santé de Christine demeure la priorité numéro un et que l’école fera le maximum pour faciliter son retour en classe le moment venu. Christine passe beaucoup de temps à l’hôpital, où elle subit de longues et pénibles interventions. À l’approche de son retour en classe, les professionnels de la santé convoquent l’équipe-école à une rencontre. Le directeur, qui a déjà choisi une conseillère d’orientation pour Christine, sollicite le concours de la travailleuse sociale de l’école. Un calendrier est établi : Christine retournera à l’école en septembre pour commencer sa douzième année.

L’équipe-école met à contribution plusieurs enseignants pour dresser un plan, lequel prévoit pour Christine une combinaison de cours en autoapprentissage et de cours ordinaires en classe dans le cadre d’un horaire modifié. La conseillère d’orientation est désignée responsable de l’équipe pour différentes raisons : un, c’est la personne en qui Christine a le plus confiance; deux, elle sait quoi faire pour aider l’élève à accomplir le travail nécessaire pour obtenir son diplôme; trois, l’incendie a été pour Christine une expérience extrêmement traumatisante. Ses brûlures l’ont défigurée, et elle a beaucoup de mal à se réadapter à la vie scolaire. La conseillère passe de nombreuses heures avec Christine pendant sa douzième année et, grâce à la volonté de fer de l’élève et au soutien indéfectible de l’équipe-école, Christine termine son secondaire en juin et est admise à l’université de son choix. La conseillère l’aidera même lors du passage aux études postsecondaires.

Pourquoi le plan de réintégration de Christine a-t-il fonctionné? Parce que l’équipe a fait du bien-être de l’élève une priorité et que la conseillère d’orientation – en tant que personne responsable – a toujours bien communiqué avec la jeune femme, ses parents, ses enseignants et, au besoin, les professionnels de la santé qui la traitaient. Un pas à la fois, ils sont arrivés à leur objectif : permettre à Christine d’obtenir son diplôme et d’aller à l’université. Le plus important? Christine a su triompher de l’adversité pour que le plan fonctionne.

Perte tragique

Amrit savait que son père n’allait pas bien, mais il ne pouvait imaginer le drame imminent qui se préparait. Sa mère lui demande de la rejoindre à l’hôpital après que le médecin ordonne à son père de se présenter à l’urgence. Après quelques examens préliminaires, l’équipe de l’urgence procède rapidement à d’autres examens, puis le diagnostic tombe : cancer des ganglions lymphatiques. Le cancer progresse rapidement dans l’organisme du père d’Amrit, dont les organes vitaux cessent de fonctionner. En l’espace de quatre jours, le père d’Amrit passe de malade à invalide, confiné à son lit d’hôpital et incapable de marcher ou de parler.

Amrit aide sa mère à s’adapter à cette situation. Malheureusement, la barrière de la langue entrave la communication entre le médecin et la famille, si bien qu’Amrit doit agir comme interprète pour que tout le monde comprenne bien ce qu’il en est. Amrit se voit par ailleurs dans l’obligation de prendre en charge une grande partie des soins prodigués à son père souffrant.

Amrit prend rendez-vous avec son conseiller d’orientation pour lui expliquer la situation. Le conseiller l’écoute attentivement et lui dit qu’il est désolé pour la situation éprouvante que vivent le jeune homme et sa famille. Il propose ensuite un plan à Amrit : il communiquera avec les enseignants et la directrice adjointe pour leur expliquer la situation et leur dire comment les choses évoluent. Le cas d’Amrit présente quelques défis : les examens finaux du premier semestre approchent à grands pas, et l’élève de douzième année espère améliorer ses résultats en fin de semestre. Or la nécessité de se rendre fréquemment à l’hôpital et de prendre soin de son père force Amrit à mettre de côté ses travaux scolaires. Le conseiller explique le tout aux enseignants et à la directrice adjointe, qui décident ensemble d’éliminer tous les devoirs et les examens pour le reste du semestre. Pour chaque cours, Amrit recevra comme note finale sa note à ce jour.

Malheureusement, le père d’Amrit succombe à la maladie, et un nouveau plan est établi pour le deuxième semestre de la dernière année du secondaire. Le conseiller d’orientation devient la personne-ressource d’Amrit, et le travailleur social promet de rencontrer le jeune homme chaque semaine pour voir s’il va bien. Les enseignants se montrent très compréhensifs et font part de leurs inquiétudes au conseiller d’orientation et à la mère d’Amrit. Comme Christine, le jeune homme a finalement triomphé de l’adversité et réussi à obtenir son diplôme malgré l’absence prolongée entraînée par le cancer et le décès de son père.

Crise de santé mentale

Daniella avait des problèmes d’anxiété, de dépression et de toxicomanie depuis l’âge de 14 ans. En onzième année, elle subit une crise psychotique. On l’aperçoit alors agir de manière suspecte sur un viaduc près de chez elle. Un passant inquiet appelle le 911, puis les policiers se rendent sur place. Daniella résiste à leurs efforts pour l’aider, allant jusqu’à agresser un des agents. Lorsque les policiers parviennent finalement à la maîtriser, ils la conduisent à l’hôpital, où elle est admise en pédopsychiatrie. Le personnel du service explique à la famille que Daniella devra être hospitalisée longtemps, le temps que le personnel tente de comprendre la crise de santé mentale qui l’a menée sur le viaduc ce jour-là.

Daniella passe trois semaines à l’hôpital, où travaille une enseignante qui aide les jeunes patients à rester à jour dans leurs travaux scolaires. Pendant le séjour de Daniella, l’enseignante de l’hôpital communique presque quotidiennement avec la conseillère d’orientation, qui peut ainsi relayer de précieux renseignements aux enseignants, au directeur adjoint et à la travailleuse sociale de l’école (qui était déjà intervenue auprès de Daniella). Lorsqu’elle obtient son congé, Daniella n’accuse aucun retard dans ses devoirs, surtout grâce au travail concerté du personnel hospitalier et de l’équipe-école. Une rencontre entre la conseillère d’orientation, la travailleuse sociale, le directeur adjoint, Daniella et ses parents est alors organisée pour assurer un retour à l’école harmonieux. Les personnes réunies conviennent qu’il serait préférable que Daniella ait le droit de se présenter au bureau des services aux élèves chaque fois qu’elle juge avoir besoin d’aide. Elle rencontrera régulièrement la travailleuse sociale ou la conseillère d’orientation, et si sa journée se déroule vraiment mal, ses parents en seront avisés et elle pourra rentrer chez elle.

Daniella survit tant bien que mal au reste de l’année scolaire. Bien qu’elle aille chercher de l’aide auprès du personnel de l’école, elle s’absente fréquemment, et son rendement en souffre. La famille et l’école continuent de bien communiquer, et plusieurs « nouveaux départs » et nouveaux plans sont proposés pour aider Daniella. C’est finalement au début de la douzième année que la situation s’améliore. Malgré ses absences encore fréquentes, Daniella a réussi à passer tous ses cours et est en voie d’obtenir son diplôme.

Priorités et pratiques exemplaires

La préparation d’un retour à l’école après une absence prolongée doit se faire selon deux priorités :

  • le bien-être de l’élève;
  • la création d’une équipe (chapeautée par un responsable en qui l’élève a confiance) chargée du retour à l’école de l’élève.

Ces trois récits illustrent l’importance de désigner un responsable, de former une équipe et de miser avant tout sur le bien-être de l’élève.

En fin de compte, n’importe quel plan est susceptible de réussir moyennant l’adoption de ces quelques pratiques exemplaires.

Communication – Le responsable établit des canaux de communication entre l’école, l’élève, la famille et les intervenants externes (l’hôpital, par exemple). Une bonne communication demeure le principal ingrédient d’un retour à l’école réussi.

Planification – Tous les intervenants dressent ensemble un plan qui débouchera sur un retour en classe aussi harmonieux que possible.

Réintégration – Dès le départ, le responsable surveille l’application du plan et les progrès réalisés.  

Suivi – Le responsable effectue un suivi pour valider l’efficacité du plan. Si le plan ne fonctionne pas, le responsable le révise pour assurer une transition réussie et un retour à l’école harmonieux.

Flexibilité – Tout le processus se déroule dans un esprit de flexibilité, empreint d’une volonté de miser sur ce qui fonctionne et de mettre de côté ce qui ne fonctionne pas. Si la plupart des écoles n’ont aucun « protocole » de réintégration après une absence prolongée, c’est qu’il n’y a pas deux situations pareilles. Il faut donc traiter chaque cas avec professionnalisme et souplesse pour que le bien-être de l’élève demeure prioritaire.

Par : Sean Dolan

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