2019 French Articles

Forum pour jeunes Canadiens : Inspirer aux jeunes le goût de changer le monde

Plus que jamais auparavant, peut-être, les jeunes Canadiens doivent impérativement apprendre le fonctionnement de leur gouvernement et l’incidence de leur participation sur la qualité de vie de la société en général. C’est précisément le rôle du Forum pour jeunes Canadiens, une organisation que les sénateurs accueillent dans la Chambre rouge depuis plus de quarante ans. Le Forum est constitué de trois sessions distinctes d’une semaine chacune, au cours desquelles les participants, âgés de 15 à 19 ans, mettent leur esprit d’initiative à l’épreuve, apprennent le fonctionnement de la démocratie, les rouages du gouvernement et les responsabilités inhérentes à la citoyenneté. Ils ont aussi la chance de rencontrer divers acteurs du gouvernement canadien et de créer des liens avec d’autres jeunes de partout au pays autour de champs d’intérêt communs. En 2018, les sénateurs se sont joints aux participants divisés en petits groupes pour faire part de leur expertise et pour écouter les priorités des jeunes et leurs attentes envers le gouvernement. Il y a eu en outre des discussions sur les enjeux politiques de l’heure.

Le Forum pour jeunes Canadiens, conçu en 1976, est un programme non partisan financé par la Fondation pour l’étude des processus du gouvernement au Canada, organisation sans but lucratif créée en 1975. La Fondation a deux objectifs fondamentaux : promouvoir la citoyenneté canadienne et renseigner les jeunes Canadiens sur le rôle des trois paliers du gouvernement démocratique du Canada. Quant au Forum, il propose aux étudiants d’apprendre le fonctionnement du gouvernement de leur nation d’une manière personnelle et directe.

Au milieu des années 1970, les parlementaires se sont montrés favorables à l’idée d’une structure qui permettrait aux étudiants de tout le pays d’apprendre de façon non partisane le fonctionnement de leur gouvernement. L’idée, à laquelle beaucoup de parlementaires ont souscrit, était de Tony German, alors directeur de l’élaboration des programmes d’études au Collège Ashbury. La présidente du Sénat, Renaude Lapointe, a modifié les règles de la chambre haute pour permettre aux étudiants de s’asseoir dans les fauteuils des sénateurs et de faire concrètement l’expérience de ce qui se passe dans cette salle historique. Le sénateur Eugene Forsey, réputé pour sa connaissance du domaine constitutionnel, a accepté lui aussi de participer.

Les sénateurs sont les hôtes du forum depuis ce temps. « Le Forum est important, parce qu’il permet aux jeunes Canadiens de développer un sentiment d’appartenance à l’égard de nos institutions parlementaires, explique le sénateur Jim Munson. Il les aide aussi à mesurer leur intérêt pour la politique. » Le succès e est indéniable et le Forum connaît une croissance régulière. Le Collège Ashbury en a cédé la direction dans les années 1980, et ce sont maintenant surtout d’anciens participants qui sont aux commandes. Le flambeau se transmet de génération en génération.

Dès leur arrivée à Ottawa, les étudiants créent inévitablement des liens les uns avec les autres et découvrent ainsi les forces et les besoins d’autres communautés. Grâce à ces échanges, ils comprennent mieux le rôle du gouvernement du Canada face aux enjeux divers des régions. « Nous passons une semaine à Ottawa et sur la Colline du Parlement pour apprendre comment fonctionne le gouvernement, rapporte Breanne, 16 ans, de Chilliwack, en Colombie-Britannique. Il y a des simulations, on écoute les sénateurs et autres choses du genre. »

Pour en arriver là, Breanne a dû entre autres expliquer dans une lettre pourquoi elle méritait d’être retenue. « J’ai été très surprise », se souvient-elle, très heureuse d’avoir été choisie. « C’est important de chercher à comprendre, d’écouter et d’extraire le plus d’informations possible. En écoutant les autres, je vais pouvoir établir des liens plus solides […] On dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Je suis encore jeune et c’est ce que je veux moi-même. C’est essentiel d’établir des liens de confiance et d’honnêteté au quotidien pour bâtir avec les autres un lieu […] où tout le monde trouvera la place qu’il lui faut pour grandir. »

Il en coûte près de 1000 $ pour participer, mais cette somme comprend le transport en avion, l’hébergement et les repas de toute la semaine. Le Forum finance 57 p. 100 de la note, qui serait autrement de 2500 $. « À mon avis, il faut faire connaître le Forum aux jeunes, souligne Breanne. Tous les étudiants devraient postuler. C’est comme investir dans l’avenir du Canada. »

Certains étudiants peuvent bénéficier d’une bourse, qui diminue le coût de la participation. Les bourses sont attribuées en fonction du revenu du ménage, du nombre de personnes à charge à la maison et, parmi elles, le nombre de celles qui entreprennent des études postsecondaires.

Jananni, de Scarborough, a elle aussi été choisie parmi les 300 étudiants du Forum de cette année. Elle croit que l’expérience est une autre façon d’« apprendre le fonctionnement de notre gouvernement, de la politique et des lois ». L’un des exercices consiste à recréer le Parlement, à collaborer, à échanger des idées et des opinions et à observer de près la conduite des affaires publiques. Après avoir vu les coulisses de la direction d’un pays, elle compte maintenant étudier les sciences politiques et le droit à son entrée à l’université cet automne.

Voici peu, elle a travaillé bénévolement avec des politiciens pour les élections. Elle a pris part aux préparatifs de séminaires et de conférences du Parti progressiste-conservateur et a fait du porte-à-porte pour un candidat. « J’ai compris l’autre côté de la politique et comment les politiciens arrivent là où ils sont, dit Jannani. C’est ce qui m’a déterminée à étudier dans ce domaine […]. Je me sens capable de parler aux gens […] et j’ai une assez bonne idée de ce que je veux leur dire, alors je crois vraiment que c’est là mon avenir. » Jannani participe également à Modèle des Nations Unies, une conférence au cours de laquelle des étudiants débattent une gamme d’enjeux planétaires et apprennent le fonctionnement des Nations Unies. Elle a également été animatrice du débat de son école sur les élections provinciales.

Ella a apprécié les aspects plus personnels des discussions en petits groupes récemment ajoutées au programme. « Comme je suis autochtone, j’ai trouvé très intéressant de discuter avec le sénateur Dyck de l’affaire Colten Boushie. La réconciliation ne sera possible que si la police est tenue de rendre compte de ses actes. Il faut parler davantage de ces questions. » Elle s’inquiète et se passionne pour l’environnement. « J’ai aussi rencontré la sénatrice Griffin et nous avons parlé des changements climatiques et de la protection de l’environnement. Je viens du Manitoba, où se trouve le lac Winnipeg, actuellement envahi par la moule zébrée. Nous avons eu une conversation très intéressante sur ce que nous, jeunes leaders, pouvons faire pour résoudre le problème et améliorer l’environnement dans nos communautés. C’était inspirant. » Pas de doute : ces étudiants mobilisés par la politique connaîtront beaucoup mieux leur gouvernement au terme du programme.

Les participants sont choisis par un comité en fonction de leurs résultats scolaires, de leur sens du leadership, de leur participation communautaire et d’un texte qu’ils doivent rédiger sur leur intérêt global pour les affaires du pays et de leur communauté. Le Forum compte trois sessions par année, à Ottawa. En 2018, les trois ont eu lieu entre janvier et mars. Les dates des sessions de 2019 seront affichées sur le site Web du Forum en septembre prochain.

Pour postuler, les étudiants doivent préparer leur curriculum vitae et une lettre de motivation, et choisir une personne qui pourra répondre d’eux à l’école. Ils doivent fournir leur numéro de téléphone et leur adresse de courriel, ainsi que l’adresse et les numéros de téléphone et de télécopieur de leur école secondaire. Une pièce d’identité valide, délivrée par le gouvernement, est obligatoire pour le voyage, de même que la carte santé de la province ou du territoire de résidence. L’apprentissage politique commence dès avant le départ : les candidats doivent connaître le nom de leur député et de leur circonscription électorale. Le Forum recommande aux étudiants de se créer un compte Twitter et un compte Instagram. Les détails et le formulaire de demande se trouvent à la page http://forum.ca/the-program/application/?lang=fr.

Le Forum est exigeant, physiquement et mentalement. Il faut beaucoup de détermination et le goût de participer sans réserve. Il faut aussi respecter les autres en tout temps. La drogue, l’alcool et le harcèlement sous toutes ses formes sont rigoureusement interdits, et il y a un couvre-feu. L’expérience est un privilège et une occasion à nulle autre pareille. Les étudiants peuvent adresser leurs questions sur le processus de demande à recruitment@forum.ca.

Le Forum comporte des activités et des présentations diverses sur la politique, les grandes orientations du pays et le commerce international. Les étudiants simulent une campagne électorale, les séances d’un cabinet, une session de la Cour suprême, une discussion sur de grands enjeux commerciaux et une conférence fédérale-provinciale. Ils sont conviés à un déjeuner avec les sénateurs ainsi qu’à une soirée avec des députés et font une visite guidée de Rideau Hall et du parlement.

Pour Tammy Robinson, d’Oxford House, au Manitoba, le voyage à Ottawa au printemps de 2016 a tout changé. Quelle aventure pour elle et sa communauté, une petite réserve accessible surtout par hydravion, située à 950 kilomètres au nord de Winnipeg, qui éprouve bien des difficultés. « Chez nous, beaucoup d’étudiants vivent dans la pauvreté et sombrent dans la drogue et l’alcool. On ne les voit pas souvent à l’école. Ils ne sont pas motivés », commente Tammy. Voilà pourquoi elle était si déterminée à emmener un petit groupe d’étudiants de la réserve. À la dernière minute, une tragédie a frappé la communauté et compliqué le financement du voyage, rapporte la jeune fille, mais « nous avons réussi! » clame-t-elle.

Pour Tammy, qui sait ce que sont la pauvreté et une éducation de piètre qualité, en partie à cause de manuels désuets, le Forum est un réel événement. Quelle chance de participer au monde dynamique et au réseau de la politique canadienne et de constater tout le potentiel de changement! Elle sait maintenant quelles sont les aptitudes il faut cultiver pour exprimer son opinion, travailler en collaboration, agir et faire évoluer les choses. Les sept amis d’Oxford House sont d’ailleurs déterminés à modeler un avenir meilleur pour leur communauté. Et elle, qu’a‑t‑elle appris? « Les parlementaires sont des gens comme moi. Et puis, c’est possible de changer des choses : nous l’avons fait! Nous sommes venus ici et nous avons accompli tout ça. […] Même quand vous pensez que rien ne va, c’est encore possible. » Elle souhaite insuffler cet espoir à d’autres jeunes pour qu’eux aussi contribuent à changer le monde. Qui sait si elle ne va pas se présenter aux élections du conseil local, un jour? Nombre des leaders politiques actuels ont découvert leur passion au Forum, quand ils étaient étudiants.

En 2001 la Fondation a créé, en partenariat avec l’Université d’Ottawa, le Forum jeunesse canado-américain, axé sur les enjeux de la relation entre le Canada et les États‑Unis. Le principal objectif est de réunir des étudiants des deux pays (de niveau universitaire, surtout) pour une semaine de discussions. Compte tenu des bouleversements qui secouent tant de pays, l’idée novatrice d’encourager la communication entre les jeunes de différentes nations est forcément porteuse. En fin de compte, le Forum pour jeunes Canadiens vise à élargir l’esprit identitaire des jeunes participants pour qu’ils se voient en premier lieu comme des Canadiens. Peu importe d’où ils viennent, en effet, le Canada est leur pays à tous.

Par Alison Zenisek

Facebook
Twitter
Pinterest