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Troubles concomitants

Cet article porte sur l’effet conjoint des problèmes de toxicomanie et de santé mentale, une combinaison appelée troubles concomitants. Il est parfois difficile de cerner lequel, du trouble mental ou de la toxicomanie est apparu le premier, mais quoi qu’il en soit, la guérison est lente, pour les jeunes comme pour leur famille. Voilà pourquoi les professionnels qui travaillent avec les jeunes doivent être en mesure de décrire ce que sont les troubles concomitants et de savoir comment les dépister et comment aider au mieux leurs élèves.

Que signifie « troubles concomitants »? Selon la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), un Canadien sur cinq souffre de maladie mentale ou d’une toxicomanie. La majorité appartient au groupe des 15 à 24 ans. Plus de 70 p. 100 des problèmes de santé mentale surviennent pendant l’enfance ou l’adolescence, et plus 60 p. 100 des consommateurs de drogues illicites sont des adolescents ou de jeunes adultes. C’est une étude épidémiologique menée aux États‑Unis voici près de 30 ans (Regier et coll., 1990) qui a mis au jour ce lien entre la toxicomanie et les problèmes de santé mentale. Elle a montré en effet que les personnes ayant un problème de consommation excessive de drogue ou d’alcool ou un problème de santé mentale risquaient davantage d’être affectées par l’autre problème, en même temps ou par la suite. Les troubles anxieux généralisés, bipolaires ou dépressifs caractérisés, notamment, triplent le risque de toxicomanie. De même, les personnes qui prennent de la drogue sont quatre ou cinq fois plus exposées que les autres au risque d’un trouble de santé mentale. Ces chiffres montrent à quel point la toxicomanie et les problèmes de santé mentale vont de pair. Quelles sont les conséquences d’une combinaison des deux?

Si un problème de santé mentale se double d’un problème de toxicomanie, on parle de troubles concomitants ou de diagnostic mixte. Ce dernier terme est toutefois plus souvent employé pour les personnes souffrant d’une maladie mentale et d’un problème de développement (voir les définitions établies par la CSMC). Il peut y avoir troubles concomitants même si le trouble psychiatrique n’a pas été formellement diagnostiqué; il suffit que les deux types de problèmes – maladie mentale et toxicomanie –, éprouvés en même temps, causent de la détresse à la personne atteinte ou interfèrent avec certains aspects de sa vie scolaire, professionnelle ou familiale.

Comment repérer les troubles concomitants? Imaginez qu’une étudiante vous demande de l’aide. Elle parlera sans doute plus volontiers de ses problèmes de santé mentale que de toxicomanie, surtout si elle se drogue ou si elle n’a pas l’âge légal pour consommer de l’alcool ou fumer du tabac ou du cannabis. Selon la description du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH, pour Centre for Addiction and Mental Health), en Ontario, la toxicomanie se manifeste de quatre façons : i) l’état de besoin intense; ii) la perte de contrôle à l’égard de la consommation ou de sa fréquence; iii) la compulsion; et iv) la consommation malgré les conséquences. D’autres signes traduisent les troubles concomitants : tensions familiales, irritabilité, voire agressivité, changement de personnalité, abandon d’amis de longue date, problèmes avec la loi et les figures d’autorité. Toujours selon le CAMH, il existe un moyen simple de déceler de possibles troubles concomitants. Il suffit de quelques questions : 1) Avez-vous reçu un diagnostic de trouble mental de la part d’un psychologue ou un médecin? 2) Avez-vous tenté de vous faire du mal ou avez-vous déjà pensé à le faire? 3) Avez-vous eu des problèmes liés à la consommation d’alcool ou de drogue? 4) Est-ce que quelqu’un, dans votre entourage, s’inquiète de votre consommation d’alcool ou de drogue? Les adolescents et les adultes qui répondent oui aux questions de ce type sont peut-être atteints de troubles concomitants.

Si vous posez ces questions à vos étudiants avec délicatesse et sensibilité, sans les juger, vous constaterez sans doute qu’ils sont plus enclins à discuter ouvertement de la façon dont leurs problèmes sont reliés et se compliquent l’un l’autre. Ainsi, à forte dose, certaines drogues, comme la cocaïne, produisent des symptômes psychotiques, notamment des hallucinations et de la paranoïa, qui risquent de terrifier les adolescents qui ne s’y attendent pas. Beaucoup de jeunes disent avoir pris de la drogue et avoir fumé sans problème. D’aucuns admettront avoir cédé à la pression de leurs camarades. D’autres encore sont aux prises avec une réelle dépendance et des abus qui nuisent à leurs études, à leur travail et à leurs relations interpersonnelles. Ces ennuis pavent souvent la voie à la dépression, à l’anxiété et à des problèmes d’accoutumance et autres. Bien entendu, il n’est pas toujours facile de savoir lequel, de la toxicomanie ou du problème de santé mental, s’est présenté en premier. Les étudiants dépassés par le travail scolaire et l’importance des notes, qui craignent l’échec scolaire ou social ou se sentent déprimés après une rupture risquent de négliger leurs responsabilités, de manquer de concentration et de persévérance, d’avoir le sentiment de n’être bons à rien ou de se sentir coupables de ne pas avoir mené un travail à bien et de ne pas avoir atteint les objectifs connexes. Ils risquent de se tourner vers la drogue ou l’alcool pour composer avec ces dysfonctionnements et avec leur profonde détresse.

Comment aider une personne qui en a besoin? La coexistence de problèmes médicaux, sociaux et affectifs qui caractérise les troubles concomitants est lourde pour la personne atteinte, parce qu’il faut intégrer le traitement de la toxicomanie et le traitement des problèmes de santé mentale et que les deux sont généralement longs. Les clients sont prévenus dès le départ d’une forte tendance à l’automédication chez les personnes qui ont reçu un diagnostic de trouble mental comme chez celles qui répugnent à demander de l’aide ou à se faire prescrire un psychotrope pour combattre les symptômes les plus intenses. Il vaut mieux informer les étudiants du concept d’automédication et de l’importance de privilégier un traitement dans les règles.

Les étudiants auront également besoin de votre savoir, de votre attitude et de vos conseils pour la suite des choses. Il est donc important que vous compreniez bien ce que sont les troubles concomitants et comment ils se conjuguent. Étant donné les ressources dont vous disposez, vous sentez-vous à l’aise d’orienter vos étudiants vers des services psychologiques privés, un centre communautaire de santé mentale, des conseillers ou les services médicaux et sociaux? En l’absence des services adéquats dans votre communauté, dans quelle mesure vous sentez-vous apte à travailler avec les étudiants qui présentent des troubles concomitants? Selon le CAMH, les gens ne stigmatiseraient pas la maladie mentale s’ils avaient conscience de leur attitude et de leurs valeurs. Il est essentiel de comprendre les liens entre la toxicomanie et les activités illégales qui y sont associées et de ne pas porter de jugement. Il est tout aussi essentiel de considérer la toxicomanie comme un problème réel, qui mérite l’attention, plutôt que d’y voir un acte intentionnel. Puisque vous vous consacrez à l’éducation et au développement des jeunes, vous estimez sans doute que ces problèmes sont assez importants pour y être attentifs. En ce sens, vous êtes très bien placés pour offrir de bons conseils et un réel soutien.


Sybil Geldart est professeure agrégée à la Wilfrid Laurier University (Ontario). Ses intérêts en recherche visent de manière générale la psychologie du développement, la psychologie clinique et la santé (au travail). Elle enseigne habituellement dans trois domaines : psychopathologie, psychologie clinique et atypies de l’enfance et de l’adolescence. Mme Geldart est également psychologue agréée. Elle exerce à temps partiel dans un cabinet de la ville de Brantford, où elle fournit des services d’évaluation et de conseils à des enfants, des adolescents et des adultes.

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