2019 French Articles

Une saison triste

La dépression hivernale causée par le trouble affectif saisonnier

Au fil des saisons, lorsque les jours raccourcissent, beaucoup de Canadiens vivent un phénomène qui les laisse songeurs : « Pourquoi je me sens si mal? » Leur vie n’a subi aucun changement particulier, mais une transformation perceptible s’opère dans leur affect et leur niveau d’énergie. Lorsque les feuilles changent de couleur et que le latté épicé à la citrouille se vend à tous les coins de rue, bon nombre de Canadiens de tout âge vivent cette transformation et beaucoup se demandent pourquoi tout le monde est si déprimé…

Qu’est-ce que le trouble affectif saisonnier?

Le trouble affectif saisonnier (TAS) est une maladie qui, tous les automnes et tous les hivers, touche un grand nombre de personnes. On appelle aussi « dépression hivernale » ce net changement associé au climat tempéré dont les effets se font ressentir sur le plan physique. En général, les symptômes persistent tout l’hiver et les personnes qui en souffrent ont du mal à s’ajuster au manque de lumière du soleil pendant les mois d’hiver. Les symptômes commencent à se dissiper au printemps, lorsque le jour devient plus long que la nuit, pour réapparaître le plus souvent vers l’équinoxe d’automne suivant.

Les symptômes du TAS n’ont rien de nouveau dans la société – l’humeur maussade est associée aux mois d’hiver depuis au moins 1845 –, mais il n’a été reconnu comme un trouble que dans les années 1980. Aujourd’hui, on le considère comme une variante de la dépression, reconnaissable aux épisodes dépressifs qui se répètent chaque année à la même période, lorsque l’automne cède la place à l’hiver. Environ 25 % de la population est touchée par des symptômes bénins à modérés, mais pour 5 % des individus, les symptômes sont beaucoup plus sévères, allant jusqu’à nécessiter une hospitalisation.

On croit que le TAS est déclenché par un manque de lumière du soleil, qui occasionne une réduction de la production de sérotonine et une augmentation de la production de mélatonine, laquelle cause de la somnolence et produit les symptômes associés au TAS. Au Canada, comme l’automne et l’hiver sont souvent longs et sombres, les personnes touchées par le TAS passent parfois plus de 40 % de l’année à essayer de gérer leurs symptômes.

Quels sont les symptômes du trouble affectif saisonnier?

Les personnes touchées peuvent remarquer des changements d’humeur, des fluctuations du poids et de l’appétit, une baisse d’énergie, de l’épuisement et des problèmes de sommeil; tous ces symptômes sont souvent associés à la dépression. Elles peuvent aussi constater des symptômes d’ordre plutôt psychologique et affectif : le sentiment de tristesse, l’irritabilité, l’anxiété, le manque de concentration. Les « rages de sucre » sont également associées à cette maladie.

Ces symptômes occasionnent parfois des problèmes compliqués. Quand l’horloge interne peine à s’ajuster, la personne a du mal à rester éveillée toute la journée. Les élèves s’endorment sur leur pupitre. Le manque de sommeil nocturne réparateur se traduit parfois par un réveil tardif, par des siestes irrégulières pendant la journée et par l’impression d’être constamment épuisé.

Les symptômes du TAS peuvent aussi affaiblir le système immunitaire, rendant les gens vulnérables à la grippe et aux maladies et pouvant même empirer les symptômes prémenstruels chez les filles et les femmes, ce qui renforce l’impact sur la santé physique des personnes touchées.

Comment se traite le trouble affectif saisonnier?

Il n’existe aucun moyen sûr de prévenir l’apparition du TAS, mais plusieurs stratégies très efficaces peuvent contribuer à atténuer son impact et à gérer ses symptômes pendant les longs mois d’hiver :

  • Aménagez l’environnement de la maison et de la classe de manière à maximiser l’exposition directe à la lumière du soleil.
  • Organisez des activités intérieures qui obligent les participants à bouger, tel un projet de classe visant à activer et revigorer l’organisme au maximum.
  • Cultivez vos rapports sociaux. Les Canadiens ont tendance à hiberner plutôt qu’à combattre le froid hivernal – on peut les comprendre. Toutefois, ce comportement favorise l’isolement, qui nourrit les symptômes du TAS.
  • Faites le plus d’exercice possible, à l’intérieur comme à l’extérieur. L’inaction physique est source de démotivation.
  • Lorsque c’est possible et que les conditions le permettent, allez marcher dehors entre 10 h et 14 h, pour maximiser votre exposition à la lumière du soleil.
  • Faites l’essai d’une lampe de luminothérapie pour combattre les symptômes du TAS. Administrée adéquatement et régulièrement, la luminothérapie est reconnue comme un traitement très efficace et énergisant.
  • Envisagez de prendre des suppléments de vitamine D et d’autres stimulants du système immunitaire qui manquent à notre organisme pendant les mois d’hiver.

Les jeunes sont-ils particulièrement vulnérables aux symptômes du trouble affectif saisonnier?

D’après des recherches sur le sujet, c’est au début de l’adolescence que le risque de souffrir du TAS est le plus élevé. Les femmes sont les plus touchées après les adolescents, et on estime que le risque diminue avec l’âge. Les élèves canadiens des régions nordiques sont les plus à risque, compte tenu de l’absence de lumière du soleil pendant une longue période de l’année. 

Comme les antécédents familiaux et la génétique peuvent jouer un rôle dans la réceptivité au TAS, il est utile pour les élèves de savoir si un membre de leur famille a de l’expérience dans la gestion des symptômes du TAS et, le cas échéant, quelles stratégies se sont révélées les plus efficaces.

Le personnel scolaire peut être à l’affût des symptômes du TAS chez les élèves lorsque des changements significatifs sont observables; il pourrait remarquer des symptômes affectifs tels que la tristesse, l’humeur maussade, la fatigue et l’incapacité à s’engager ou à participer. L’impact de ces symptômes peut se faire sentir sur le rendement scolaire, mais aussi sur les relations sociales. Les élèves en difficulté semblent chercher à s’isoler et paraissent tristes, détachés et repliés sur eux-mêmes. La motivation à s’engager et à participer tend alors à faiblir, surtout de décembre à février.

La psychoéducation est le meilleur outil dont on dispose pour atténuer l’impact du TAS. Il est impossible d’en empêcher la survenue : les hivers canadiens ne changeront pas de sitôt. Par conséquent, la principale ligne de défense consiste à informer les élèves et la collectivité au sujet du TAS, et à leur offrir des ressources et des outils pour en combattre les symptômes. Pour les élèves qui subissent le plus lourdement et le plus longtemps les symptômes du TAS, la psychothérapie est une option possible; une thérapie verbale peut aider la jeune personne à trouver les bons mots et les sentiments associés à ses symptômes, et lui donner un moyen plus efficace de communiquer son expérience. Cette stratégie aide à éviter les erreurs de diagnostic, les a priori et, parfois, les interventions inutiles. Elle peut aussi contribuer à normaliser cette maladie et à combattre la stigmatisation des troubles de santé mentale, en classe comme dans la collectivité.

Par : Zara Canteenwalla, M. Serv. Soc., TSI, CCC

Références
CAMH TAS 2019 : https://www.camh.ca/fr/info-sante/index-sur-la-sante-mentale-et-la-dependance/le-trouble-affectif-saisonnier
Kids Health 2019 : https://kidshealth.org/en/parents/sad.html
Michael Terman et coll. (1989). « Light Therapy for Seasonal Affective Disorder: A Review of Efficacy », Neuropsychopharmacology, vol. 2, no 1.

Advertise with Us!

Contact Stephanie Duprat for more information at
1-888-634-5556 x106 or stephanie@mzpinc.ca.