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Forces vives: Combler les différences

C’est pendant un séjour dans l’Arctique canadien, en 2016, que lui vient l’inspiration. Et Abhayjeet Singh Sachal, environnementaliste en herbe de Surrey, en Colombie-Britannique, trouve rapidement comment y donner suite.

Ses camarades de bord de l’expédition Students on Ice, venus du Grand Nord canadien, parlent de l’incidence des changements climatiques sur leurs communautés et des adaptations déjà rendues nécessaires. Ils évoquent les difficultés économiques, le problème du suicide et les liens entre tous ces phénomènes.

Leurs récits réveillent l’activiste qui sommeillait en Abhay. D’ailleurs le son d’un iceberg du Groenland en pleine fonte l’aide à orienter son action. Le garçon a compris à quel point les liens personnels peuvent motiver les jeunes à prendre les choses en main, qu’il s’agisse de changements climatiques ou de santé mentale. L’empathie, se dit‑il, peut combler les différences.

De retour en Colombie-Britannique, Abhay fait part de cette révélation à son frère aîné Sukhmeet. Ensemble, ils dressent un plan pour que les élèves de culture et de région différentes puissent communiquer entre eux et apprendre les uns des autres les questions sociales et environnementales qui pèsent sur leurs communautés respectives. C’est ainsi que naît le concept sous-jacent de Break The Divide (combler les différences).

À l’automne, Abhay sollicite l’avis de Michael Iachetta, l’un de ses enseignants et parrain du club environnementaliste de l’école secondaire Seaquam, dans la ville de Delta, parce qu’il aimerait faire de Break the Divide (BTD) un club scolaire. Celui-ci voit le jour en novembre 2016, fort de deux sections : l’une à Seaquam et l’autre à l’école secondaire East Three à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, où Sukhmeet avait enseigné l’été d’avant.

« En résumé, explique Abhay, Break The Divide est un réseau de correspondants en ligne », qui a pour but de favoriser la création de liens interpersonnels afin d’aplanir les différences d’ordre racial, géographique et socioéconomique. « Nous sommes toujours à la recherche de personnes d’horizons divers et de régions différentes pour stimuler le dialogue, parce qu’il est parfois difficile, dans le monde actuel, d’avoir ce genre de conversation », précise le jeune homme, dont la famille est arrivée au Canada depuis l’Inde quand il était tout petit. « Les élèves ont parfois du mal à se passionner pour quelque chose et il est donc important de leur donner l’occasion d’explorer divers sujets. Si un jeune s’intéresse aux arts, mais aussi au service social, Break The Divide peut l’aider à faire d’une pierre deux coups. »

BTD compte actuellement quelque 300 élèves, membres actifs de huit sections, dont cinq au Canada et les autres en Afrique du Sud, en Inde et en Chine. Cinq sont en voie de création, notamment en Bolivie et en Russie. Les enseignants peuvent y recourir pour mettre leurs élèves en contact avec des homologues du Canada et d’ailleurs, grâce aux moyens de communication en ligne comme Skype.

Abhay a maintenant 18 ans. Il étudie à l’Université de Toronto, et envisage un portail ou une application BTD qui permettrait une connexion plus rapide et plus efficace avec le reste du monde.

Selon Michael Iachetta, son sens de l’initiative et sa capacité à motiver les autres étaient manifestes dès la 8e année. Abhay avait alors participé à l’organisation très réussie d’un symposium régional sur l’environnement, ce qui l’a amené à faire des présentations et à animer des ateliers sur le sujet dans les écoles de tout le Lower Mainland, en Colombie-Britannique.

À mesure que BTD faisait son entrée dans d’autres écoles du Canada et d’ailleurs, l’adolescent à la personnalité attachante était invité un peu partout en Amérique du Nord à prononcer des conférences pour transmettre sa passion pour l’environnement et faire bouger les jeunes. « Il y a quelque chose en lui qui fait que partout où il va, il crée des liens si authentiques que les autres veulent s’y mettre à leur tour et imaginer ce qu’ils peuvent faire ensemble. Au primaire, les jeunes l’écoutent bouche bée. Il les inspire et les incite à l’action », remarque Iachetta, qui décrit Abhay comme un élève doué et charismatique.

Vers la fin de ses études secondaires, Abhay a participé à des congrès sur l’environnement en Floride ainsi qu’à Spokane, dans l’état de Washington, où se trouvaient réunis des enseignants de 50 pays. Il a également été conférencier d’honneur au Gala Eco-Sikh à Washington, D.C. « Mes professeurs m’ont vraiment aidé pendant ces deux années. J’ai manqué beaucoup d’école, mais chaque fois j’en discutais avec eux avant de partir. J’arrivais quand même à faire mes travaux et à rattraper mon retard au retour », dit Abhay.

Abhay s’est trouvé à nouveau sous les projecteurs en novembre dernier, à Toronto, où il a été récompensé par le programme Community Hero, de l’organisme Canada’s Walk of Fame. L’an dernier, déjà, il avait reçu un prix du Réseau canadien d’éducation et de communication relatives à l’environnement (EECOM, de son nom anglais), décerné à de jeunes leaders d’exception. « Mes parents m’ont enseigné la notion sikhe appelée seva ou service désintéressé. C’est le pilier de la foi. Ils en parlent souvent et, surtout, ils le pratiquent. Mon père, par exemple, collabore à une foule d’œuvres caritatives. Mes parents sont très fiers de ce que nous avons accompli, mon frère et moi, et sont très confiants pour l’avenir », raconte Abhay, qui se voit faire carrière comme entrepreneur, en politique ou encore en médecine rurale ou internationale. (Quant à son frère Sukhmeet, il étudie à l’école de médecine de l’Université de la Colombie-Britannique.)

À la naissance de BTD, les frères prévoyaient 100 sections, mais Abhay se rend compte qu’il sera difficile de créer et de coordonner le tout sans ressources humaines et financières substantielles. Avec l’aide de son ami Arry Pandher, qui vit lui aussi en Colombie-Britannique, il travaille à l’élaboration de documents que les enseignants et les élèves pourront utiliser en toute autonomie pour entrer en communication avec des gens d’autres régions du Canada et du monde.

Tout devrait être en place cette année, et l’organisation devrait offrir plus d’activités grâce à des subventions de 5000 $ de Shaw et du Gouvernement du Canada, et aux 10 000 $ décernés par Canada’s Walk of Fame. Ses sources d’inspiration? Son frère. Abhay admire son aîné qui, arrivé au Canada à l’âge de sept ans, a surmonté les obstacles que représente l’adaptation à une nouvelle culture. « Son accent et ses vêtements l’ont exposé à diverses formes d’intimidation, à l’instar des élèves autochtones, raconte-t-il. Ils se sont alliés et en 7e année, Sukhmeet a organisé un pow‑wow pour l’école entière. L’activité a été un tournant pour lui : il a compris la puissance d’un groupe uni malgré les différences. »

Par Laurie Nealin


Consultez le site Web de Break The Divide : http://breakthedivide.net/

Pour en savoir davantage sur les programmes de BTD, communiquez avec Abhay : info@breakthedivide.net

Voyez en images et en textes l’expédition transformative d’Abhay en Arctique : https://studentsonice.com/expedition/arctic-expedition-2016/

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