2020 French Articles

Les activistes parmi nous

Découvrez « Forces vives* », notre nouvelle chronique consacrée à des personnalités remarquables de partout au Canada  

En 2007, Travis Price et David Shepherd, élèves de 5e secondaire, proposent au directeur de leur école un plan de lutte contre l’intimidation. Réponse : vaut mieux pas. « Il s’efforçait de préserver la paix et s’inquiétait sans doute pour nous. Il avait peur qu’on se fasse tabasser – le risque était réel –, mais il craignait aussi que notre plan en irrite plus d’un et rompe les digues », explique Price.

Sans se laisser démonter, pas même à l’idée d’être expulsés en cas de dérapage, les deux ados, exaspérés, refusent de reculer, d’autant qu’un jeune nouveau du secondaire vient d’être victime d’intimidation parce qu’il portait un polo rose. C’en est trop. Avec MSN Messenger, Price et Shepherd mobilisent les élèves, qu’ils invitent à porter un certain vêtement.

Le lendemain, la majeure partie des 1000 élèves de l’école de la vallée d’Annapolis, en Nouvelle-Écosse, arborent un vêtement rose. Les deux amis distribuent des dizaines de débardeurs de cette même couleur achetés dans un magasin du quartier. Sans s’en douter, ils viennent de lancer le plus vaste mouvement de lutte contre l’intimidation au monde : le Jour du chandail rose.

Ce jour-là, la jeune victime porte d’autres couleurs, mais sa réaction à cette mer rose est éloquente.

Le succès de cette solidarité sur fond rose se répandra très vite dans la région, dans le pays, puis dans le monde entier.  

M. Pearl, le directeur, que Price classe tout de même parmi les personnes qu’il préfère, a fini par changer d’idée. Propulsé au rang de protagoniste du chandail rose, il a répondu à un flot de demandes d’entrevues de la part des médias au nom de ses élèves, qu’il a incités d’ailleurs à prononcer des conférences et à participer à divers congrès. Il les a même aidés à gérer leur temps, à l’école et en dehors. « Dès la première année, je l’appelais mon agent », plaisante Price. L’élève d’alors, maintenant âgé de 30 ans, dirige toujours le mouvement international de lutte contre l’intimidation depuis sa résidence à Coldbrook, en Nouvelle-Écosse.

Forces vives*

Au Canada, pour beaucoup d’enseignants et de parents, dont Michael Iachetta, en Colombie-Britannique, et Candace Alper, en Ontario, la Journée du chandail rose a un écho particulier. Ils en connaissent tous deux de ces activistes bien déterminés à changer les choses, pour en avoir aidé et conseillé.

Partout au Canada, des jeunes sortent des rangs pour réclamer que la société change et soit plus égalitaire et plus respectueuse de l’environnement. La jeune génération tire parti des réseaux en ligne et des médias sociaux et s’inspire de super-activistes comme Greta Thunberg, un indéniable modèle de force vive.

L’édition du magazine de Canadian School Counsellor publiée pour la relâche de l’hiver 2020 brossait le portrait d’une de ces réformistes passionnées en la personne d’Hannah, la fille de Candace Alper. Dans ce numéro, la nouvelle chronique Forces vives* présente Abhayjeet Singh Sachal, 18 ans, ancien élève de Michael Iachetta et environnementaliste charismatique, doté d’un fort penchant pour l’action sociale.

Canadian School Counsellor fera désormais connaître de jeunes forces vives dans chaque numéro.

* Personnes très énergiques, qui provoquent le changement et infléchissent le cours des choses.

Héritage

Les jeunes activistes comme Sachal, Alper et Price ont souvent besoin de l’aide d’enseignants, de conseillers et d’administrateurs pour bien équilibrer scolarité et action sociale. Ce soutien représente parfois un surcroît de travail pour les enseignants, mais la tâche est gratifiante, dit Iachetta, qui en souligne les avantages insoupçonnés.

L’héritage inspirant qu’Abhayjeet Singh Sachal a laissé en terminant ses études à l’école secondaire Seaquam, l’an dernier, aura longtemps des retombées positives pour les élèves actuels comme pour les anciens, pour l’école et pour la communauté.

« Le plus extraordinaire avec des élèves comme lui, c’est l’incidence sur le district scolaire. Grâce à Abhay, beaucoup d’élèves se sont inscrits à nos clubs. Ils veulent participer et s’approprier leur école, et c’est dans ces circonstances qu’ils donnent leur pleine mesure », dit Iachetta.

« C’est maintenant que nous constatons l’héritage réel d’Abhay et d’autres élèves qui ont terminé leur secondaire à cette époque : notre club environnementaliste compte plus de cent élèves, dont beaucoup fréquentent une école primaire où Abhay est allé si souvent parler et encourager les jeunes à réaliser leurs projets. »

Quand un élève leur semble particulièrement passionné, les enseignants de l’école de Delta font de leur mieux pour lui donner les moyens d’aider sa communauté. « D’abord, on lui demande ce qu’il est prêt à faire, pour déterminer la meilleure façon de l’aider, précise Iachetta. C’est l’élève qui est à la barre. On le conseille pour que son action ait le plus de retentissement possible. Notre travail est d’autant plus gratifiant si la ferveur de ces passionnés gagne d’autres élèves qui étaient au départ plutôt sceptiques. »

Michael Iachetta explique que les conseillers pédagogiques de son établissement recommandent dorénavant aux élèves en difficulté de s’inscrire à un club, ayant bon espoir qu’ils arriveront à s’épanouir en fréquentant des camarades qui ont de saines habitudes à l’égard des travaux et de l’étude. « Bien entendu, il faut qu’ils le veuillent; on ne peut pas les contraindre. Tout part de la base. Certes, ce n’est pas pour tous, mais nous avons réussi à changer la vie de beaucoup d’élèves, qui ont ainsi trouvé la bonne voie et qui ont l’impression d’être en mesure de changer des choses à leur tour au terme de leurs études. »

L’enseignant estime que le meilleur moment de sa vie professionnelle est lorsqu’il voit des élèves qui étaient à risque faire des études postsecondaires après une rencontre avec un leader passionné comme Abhayjeet Singh Sachal.

Il y a une dizaine d’années, Travis Price savait que tous les enseignants de son école n’étaient pas convaincus par la campagne naissante du chandail rose et que certains n’acceptaient pas la moindre concession à l’égard des travaux scolaires. Mais il savait aussi que le geste avait lézardé le statu quo et se révélait efficace.   

Les enseignants qui approuvaient les efforts que les deux amis déployaient en dehors des cours ont tout fait pour les soutenir. « Ma prof de mathématique restait après l’école pour m’aider à rattraper mon retard. Elle savait que je voulais aller à l’université et faire quelque chose de ma vie, et que ça, ce ne serait peut-être pas ma vie », raconte Price, qui a travaillé à l’expansion de la Journée du chandail pendant ses études universitaires.

Communication

Hannah Alper, cette activiste torontoise de 11e année présentée dans le numéro précédent, soulignait elle aussi l’aide précieuse qu’elle a reçue des conseillers, des enseignants et de la direction de son école dès le primaire. Leur volonté de la voir communiquer sa passion pour un environnement et une vie meilleurs lui a permis de diffuser son message parmi des milliers de jeunes en Amérique du Nord et au‑delà et d’écrire un livre pour enfants sur les activistes qui l’ont inspirée.

La vie d’une activiste très en vue comme Hannah est semblable à celle d’une jeune athlète de haut niveau. La majeure partie de la journée est consacrée à des activités extrascolaires et il y a beaucoup d’absences, parfois des semaines entières.  

Or s’il existe des écoles spéciales pour les athlètes de haut niveau, il n’y en a pas pour les jeunes activistes. Les Alpers ont dû improviser et créer chaque année des voies de communication particulières avec les enseignants. « Avant son entrée au secondaire, nous avons demandé à rencontrer le directeur adjoint. Il nous a beaucoup aidés. Il estimait que l’action d’Hannah était extraordinaire. Il a dit ‟prenez soin d’elle à la maison et je vais faire de même à l’école”. C’est remarquable. »

« Dès le début, nous avons mis l’école au courant du travail d’Hannah, notamment parce qu’elle allait s’absenter souvent et que nous aurions besoin d’aide pour lui faire faire les travaux à l’avance ou sur la route », explique sa mère, qui est titulaire d’un diplôme en éducation, mais qui a choisi une autre carrière. « Je comprends très bien que le fait d’avoir une élève comme Hannah dans leur classe était à la fois un cadeau et un fardeau. Préparer la matière plus longtemps à l’avance, modifier la nature des travaux et corriger en dehors de la période prévue, c’est un surcroît de travail pour les enseignants. »

Hannah a pu faire profiter ses camarades, ses enseignants, la direction et parfois l’école entière de son action sociale. Ainsi, à l’occasion de la Journée UNIS de Toronto, la direction et quelques enseignants ont été conviés comme invités spéciaux, ce qui leur a permis de voir concrètement son travail de conférencière et l’effet de leur soutien. « C’était un partenariat, dans une large mesure. Il s’agissait d’aider Hannah et de lui donner les moyens, les ressources, le temps, l’espace, les connaissances, la confiance et les possibilités. Je n’ai pas tout fait toute seule, souligne Candace Alper. Hannah est à l’école une grande partie de la journée, auprès d’un personnel très compétent. »

Mme Alper croit que beaucoup de jeunes veulent transmettre leur passion. L’école peut les aider à trouver comment se faire entendre, en leur donnant l’occasion de le faire, que ce soit dans les cours, dans le journal scolaire, lors d’une assemblée ou en créant des clubs.

L’activisme : un gène inné ou acquis?

Travis Price est convaincu qu’aucun enseignant n’aurait pu deviner ce qu’il allait accomplir. « C’est difficile de repérer les Terry Fox et les Viola Desmond. Ce peut être n’importe qui. C’est une situation donnée qui les fait se distinguer. Il y a beaucoup de facteurs en jeu : le temps, la compréhension, la maturité. Je ne pense pas qu’un conseiller d’orientation constate en entrevue que l’élève qui le consulte va changer le monde un jour. »

« Il peut reconnaître un leader naturel et l’orienter de sorte qu’il puisse aider les autres et influencer des gens en chemin. David et moi étions deux adolescents de la classe moyenne inférieure qui aimaient le volleyball. Personne ne supposait que nous allions faire ce que nous avons fait et pourtant… » conclut Price, qui a remporté en 2016 la Médaille du service méritoire du Canada pour sa contribution à la lutte contre l’intimidation et à la promotion de la santé mentale.

Par Laurie Nealin


Vous pouvez suivre Travis Price et Hannah Alper sur Twitter et Instagram – @thepinkdeal  @thathannahAlper

Pour connaître les activités du club écologique de l’école secondaire de Seaquam, cliquez sur ce lien : https://deltalearns.ca/iachetta/opp-green-accomplishments/

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