2020 French Articles

Les roues de l’espoir

Veronika holding a bag of juice boxes that the juicebox project collected.

« J’ai 17 ans, mais je ne suis pas une ado comme les autres », affirme Veronika Copping. Compte tenu de son parcours, difficile de la contredire. Fondatrice du Juice Box Project, Veronika est aussi une conférencière douée et une leader qui se démarque dans le secteur sans but lucratif. L’idée du populaire Juice Box Project lui est venue en première année du primaire. À l’époque, elle avait remarqué que tous les récipients à boisson que les enfants apportaient à l’école finissaient à la poubelle. Avec la permission de l’école, elle a entrepris de les recueillir et de les recycler, et de remettre ses recettes à l’organisme Hope Haven Canada. Veronika a de qui retenir, puisque c’est son grand-père, qu’elle appelle « Opa » qui a fondé Hope Haven Canada. Elle-même est convaincue depuis toujours que « même les enfants sont capables de faire bouger les choses ». 

Hope Haven Canada, une section de Hope Haven International, est un organisme de bienfaisance chrétien actif dans 109 pays. La mission première de l’organisme est de défendre les droits des personnes handicapées de tous âges et de leur fournir des services. « Honnêtement, ça fait partie de ma vie depuis toujours, dit Veronika. Je faisais du bénévolat avant de même de savoir ce que ça voulait dire. Quand j’étais jeune, mes parents travaillaient à temps plein, et je passais le plus clair de mon temps avec mes grands-parents. J’accompagnais mon Opa, qui passait ses journées à recueillir des dispositifs d’aide à la mobilité usagés dans la région de Vancouver et de la vallée du Fraser. » Ces dispositifs étaient ensuite envoyés au Guatemala et ailleurs dans le monde pour être réparés et redistribués. « C’est comme ça que j’ai appris à connaître Hope Haven et sa mission. »

Veronika and a girl who had just received her first wheelchair. wheelchair was sponsored by the juicebox project. 2017.

Le Juice Box Project vise d’abord et avant tout à financer l’achat de fauteuils roulants pour des enfants du Guatemala grâce au recyclage de récipients à boisson consignés. « [Ce travail] est l’un des aspects les plus importants de ma vie », dit Veronika. Alors qu’au début, la collecte était limitée à la classe de Veronika, elle s’étend maintenant à toute l’école et même à d’autres organismes locaux. La jeune femme et sa famille s’occupent de trier les récipients et de les rapporter pour se faire rembourser la consigne. L’argent recueilli sert à fournir des fauteuils roulants aux enfants guatémaltèques. Le Juice Box Project a ainsi commandité plus de 100 fauteuils roulants à ce jour. L’amour de Veronika pour les enfants guatémaltèques lui vient aussi de la vision de son grand-père pour ce pays. Ce dernier, qui s’est rendu au Guatemala avec Hope Haven International au début des années 2000, n’a jamais perdu son désir d’aider ce peuple.

Veronika elle-même n’en est pas à son premier voyage au Guatemala, ni à son dernier. « Le Guatemala est un pays magnifique, dit-elle, mais il y a beaucoup de pauvreté. Comme les gens n’ont pas les moyens de se payer des soins de santé, il y a beaucoup de personnes handicapées. J’ai fait quatre voyages au Guatemala et j’espère y retourner bientôt. » Veronika a fait son premier voyage au Guatemala à dix ans. Elle travaillait au Camp Guatemala, où elle a rencontré une jeune fille qui a changé le cours de sa vie. « Je n’oublierai jamais ma rencontre avec Rosalva, qui a reçu un fauteuil roulant du Juicebox Project, dit-elle. À notre rencontre, j’ai pu lui expliquer, avec l’aide d’interprètes, que son fauteuil roulant avait été acheté grâce au recyclage de boîtes de jus. Elle a réagi avec beaucoup de joie et m’a prise dans ses bras en disant “muchas gracias por la silla de ruedas”, ce qui veut dire “merci beaucoup pour le fauteuil roulant”. »

Veronika and roslava in 2013 during veronika’s first trip to guatemala. roslava was a recipient of a wheelchair through the organization.

C’est à ce moment-là que Veronika a compris à quel point un fauteuil roulant pouvait changer la vie d’un enfant. Avec la mobilité vient la possibilité de sortir de la maison, de fréquenter l’école, de se faire des amis, de se trouver un emploi et, en général, d’avoir une vie plus satisfaisante. Veronika n’a jamais regretté son choix. Sa créativité, sa détermination, son engagement et son don de soi font d’elle une jeune femme exceptionnelle. « Lorsqu’on a besoin de moi, je réponds de tout cœur à l’appel, dit-elle. Je suis toujours prête à aller au-delà des attentes et à changer les choses en mieux. » Les qualités de leader de Veronika, qui travaille sans relâche pour les moins fortunés, sautent aux yeux.

Veronika a terminé son secondaire dans une école chrétienne. Elle a aussi grandi dans une communauté religieuse. Lorsqu’on lui demande comment sa foi a influencé sa vision du monde, elle répond : « Ma foi m’a permis de voir que tout le monde jouit d’un amour inconditionnel. Les personnes handicapées ont simplement des capacités différentes, parfois uniques. » Veronika souffre elle-même de problèmes de santé qui l’ont sensibilisée à la souffrance des autres : « Je dois composer depuis toujours avec un certain nombre de problèmes de santé. Ces expériences m’ont amenée à avoir de l’empathie et de la compassion pour les personnes qui ont des besoins médicaux complexes, et m’aident à mieux comprendre ces personnes et les défis qu’elles doivent surmonter au quotidien. »

Veronika a aussi des projets d’avenir. Elle fréquentera l’Université de la Colombie-Britannique (campus Okanagan) et s’intéresse aux sciences sociales. Son brillant dossier scolaire est déjà rempli de prix d’excellence en art oratoire, en arts de la scène et en service par le leadership. Elle a d’ailleurs récemment reçu la bourse Trevor H. Shirtliff, nommée en l’honneur du fondateur du magazine Canadian School Counsellor. Veronika s’attend à se découvrir de nouveaux champs d’intérêt pendant ses études. Elle tient par ailleurs à acquérir les compétences nécessaires pour développer le Juice Box Project. Un diplôme en éducation est une autre possibilité. « Je veux travailler dans un domaine qui me permettra constamment de changer la vie des autres et de bâtir un monde meilleur pour le bien de tous », dit-elle. Inarrêtable force positive, Veronika vit selon sa philosophie : « L’union fait la force, et il suffit d’un peu de bienveillance et d’imagination pour bâtir un monde meilleur pour le bien de tous. » Parions que cette remarquable bénévole n’a pas fini de faire parler d’elle. 

Par Alison Zenisek