2021 French Articles Winter 2021 - French

Les femmes et l’avenir du Canada Croire, avoir confiance et jouer à armes égales

Que faire?

Toujours la même histoire, non? Les femmes ne voient pas tous les choix qui s’offrent à elles ou bien, et c’est troublant, elles estiment que certaines carrières leur sont inaccessibles pour diverses raisons. Or, si la sous-représentation des femmes dans certains secteurs de l’économie et l’écart de rémunération entre les genres ont pratiquement monopolisé l’attention jusqu’ici, on se penche désormais davantage sur les moyens de leur donner tous les atouts dont elles ont besoin pour assumer des fonctions jusqu’ici dominées par les hommes. 

La situation

Selon la Fondation canadienne des femmes (FCF), il devient urgent de donner aux femmes les moyens d’accroître leur autonomie. L’organisme recense trois facteurs qui ont une influence négative sur les adolescentes :

  • un taux élevé d’agressions sexuelles et d’autres formes de violence; 
  • une détérioration rapide de leur santé mentale et de leur degré de confiance; 
  • des stéréotypes négatifs et la sexualisation.  

D’emblée, les jeunes femmes affrontent des obstacles spécifiques au genre qui en empêchent plus d’une d’exploiter tout leur potentiel. La FCF étaie ses conclusions sur des statistiques et des témoignages saisissants. Aucun doute : au secondaire, les filles risquent plus que les garçons d’être en butte à la violence, à des problèmes de santé mentale et à des stéréotypes. 

Obstacles

Ces obstacles engendrent une foule de problèmes. Le traumatisme qui résulte de la violence, physique ou sexuelle, empêche les
femmes d’exploiter leur potentiel et d’être conscientes de
leur propre valeur. Lors d’une enquête de Statistique Canada (2019), les adolescentes ont été deux fois plus nombreuses que leurs homologues masculins à faire état d’une santé mentale passable ou mauvaise. Sans compter que les fléaux que sont les stéréotypes et la sexualisation des femmes sur des réseaux sociaux très fréquentés semblent en pleine expansion. Étant donné de pareils obstacles, la route s’annonce difficile pour les jeunes femmes qui veulent réussir et s’épanouir. 

Quel est le rôle des conseillers d’orientation?

D’abord, admettre la réalité : malgré les efforts déployés pour améliorer la situation des femmes au Canada, il y a encore beaucoup à faire. Les jeux restent pipés en défaveur des femmes en général et en faveur des hommes bien nantis (surtout blancs). Autrement, comment expliquer que les femmes gagnent quatre-vingt-sept cents contre chaque dollar pour les hommes (StatCan) en dépit des améliorations apportées au système d’éducation et des efforts de sensibilisation dans la société? Mais la situation n’est pas désespérée. Cette description n’est qu’un moyen de fournir aux conseillers un point sur lequel s’appuyer pour soutenir leurs élèves.  

Sachant qu’il reste des embûches et des obstacles, aidons d’abord les jeunes filles à reconnaître leur potentiel.

Croire

Situation bien sombre, dirait-on. En réalité, elle s’améliore de façon constante pour nos élèves de sexe féminin, grâce aux efforts d’organisations et de personnes qui cherchent activement à combler l’écart entre les genres. L’un des bons moyens d’aider nos élèves à exploiter tout leur potentiel est
d’instiller en eux une solide détermination. Pour ce qui est des adolescentes en particulier, il faut notamment les encourager à élargir leurs horizons et à croire en elles. 

Et comment mieux y parvenir qu’en leur présentant modèles et champions? La Fédération a étudié le leadership chez les femmes comme moyen d’inspirer d’autres femmes et citent à cet égard une étude effectuée par la firme KPMG selon laquelle : 

  • 67 % des femmes disent avoir appris d’autres femmes des leçons essentielles en matière de leadership;
  • 82 % des femmes croient que le réseautage avec d’autres femmes les aidera à progresser dans leur carrière; 
  • 86 % des femmes disent que le fait de voir d’autres femmes occuper des postes de direction les encourage à devenir leaders à leur tour;
  • 91 % des femmes croient qu’elles doivent être des modèles de rôles pour leurs collègues féminines plus jeunes. 

Bien entendu l’étude ratisse beaucoup plus large, mais il reste que le modèle de ces femmes qui ont réussi et l’observation de leur comportement dans la réussite auront des effets de taille sur l’orientation et la trajectoire de la vie des jeunes filles. 

Comment faire?

Nous pouvons par exemple solliciter la participation de ces femmes à qui le succès a souri à des activités de mentorat, ou organiser un salon des carrières à l’intention exclusive des jeunes femmes. Voir, c’est croire, et les jeunes femmes ont besoin de voir la réussite pour espérer y parvenir à leur tour. 

L’organisme Build a Drem, leader canadien de la promotion des femmes, s’est donné entre autres mandats de collaborer avec les écoles. L’objectif : encourager les jeunes femmes à voir plus loin que les emplois traditionnels (qu’on s’attend à les voir choisir?) et à envisager des métiers spécialisés, des carrières en sciences, technologie, génie ou mathématiques, dans les services d’urgence et l’entrepreneuriat, où elles pourront tirer leur épingle du jeu pour peu qu’on les encourage et qu’on leur en donne la possibilité. L’organisme veut aider les femmes à croire que toutes les voies leur sont ouvertes et non seulement celles que la société s’attend à les voir suivre. Pour Nour Hachem Fawaz, fondatrice et cheffe de la direction de Build a Dream, « on ne peut pas être ce qu’on ne voit pas. C’est dire qu’il faut rendre les postes de direction plus accessibles aux femmes dans des domaines où elles sont largement sous-représentées. Il faut donc non seulement donner aux femmes des moyens divers, mais encourager aussi les entreprises et les enseignants à changer de perspective et l’angle sous lequel ils voient la diversification de la main-d’œuvre, et leur faire comprendre que « mettre à profit les talents de l’autre moitié de la population », c’est une politique éthique et tout à fait motivée sur le plan économique ». Les données lui donnent raison : selon une étude menée par le McKinsey Global Institute, la participation égale des femmes au marché du travail augmentera de 150 milliards $ le produit intérieur brut du Canada d’ici 2026. 

Avoir confiance

Avoir confiance, c’est croire (on y revient!) que l’on est capable d’accomplir quelque chose. C’est un état d’esprit fragile, facilement ébranlé dans des circonstances adverses. La FCF donne aux parents six conseils qui ont tout à fait leur place dans l’arsenal dont usent les conseillers pour stimuler la confiance de leurs élèves de sexe féminin :

  1. encourager la participation des filles à des activités sportives et physiques; 
  2. communiquer en écoutant et en validant; 
  3. aider les jeunes filles à trouver leur voie; 
  4. enseigner la beauté de la diversité; 
  5. valoriser la force de caractère d’une femme plutôt que son apparence; 
  6. encourager les jeunes femmes à une réflexion critique sur les médias et sur ce qui est « normal ». 

Source : adapté et traduit de https://canadianwomen.org/blog/6-ways-to-raise-confident-girls

Ces six conseils sont une véritable feuille de route vers une confiance croissante. Nous savons que la vie est souvent difficile pour les adolescentes. Il nous incombe de les aider patiemment à gagner en confiance en les écoutant, en les guidant et en les encourageant. 

Leçon de confiance 

Brisant le plafond de verre, Martha Piper et Indira Samarasekera ont laissé leur marque dans le monde universitaire et le monde des affaires. Martha Piper a été rectrice de l’Université de la Colombie-Britannique avant d’occuper divers postes de direction à la Banque de Montréal et à Shoppers Drug Mart. Quant à Indira Samarasekera, elle a été rectrice de l’Université de l’Alberta, puis a travaillé à la Banque de Nouvelle-Écosse et pour Magna International. Dans leur ouvrage intitulé Nerve: Lessons on Leadership from Two Women Who Went First, elles décrivent la nécessité dans laquelle elles se trouvaient de se préparer presque à l’excès avant chaque réunion, comme rectrices et comme directrices d’entreprises, deux mondes dominés par les hommes. L’essentiel, disent-elles, est de croire que vous êtes capables de faire plus, d’accomplir des tâches exigeantes et de réussir. C’est de « surmonter ces obstacles qui nous empêchent depuis toujours d’assumer des responsabilités ».
C’est d’avoir confiance et de savoir que le moindre de vos mouvements est scruté à la loupe et avoir la force de prendre les décisions difficiles. C’est être capable de reconnaître ses erreurs et se remettre en selle. En termes simples : c’est le courage et la confiance. Quelle meilleure conclusion, sur ce point, que l’exemple donné par ces deux femmes et dont le message est en quelque sorte : « Nous l’avons fait et vous le pouvez aussi. »

Supprimer les barrières

Notons, et c’est important, que les obstacles comme la violence physique ou sexuelle, les problèmes de santé mentale et les stéréotypes, deviennent souvent des barrières qui nuisent à l’épanouissement professionnel des femmes. Ce sont par exemple l’impossibilité de saisir les occasions, d’accéder aux bons emplois et d’obtenir des promotions, les biais de recrutement, l’écart salarial, l’absence de services de garde et les milieux de travail peu sûrs et peu accueillants. 

Kirsten Marcia était en début de carrière, voici 20 ans, quand est survenu un incident déterminant. À titre de géoscientifique, elle établissait la carte des tunnels souterrains d’une mine d’or. Elle était convaincue de faire du bon travail, mais on l’a congédiée. Le motif? Des mineurs de sexe masculin, plus âgés qu’elle, lui reprochaient d’attirer le mauvais sort sur le chantier. Congédiée par superstition! Un verdict digne du Moyen Âge aux yeux de Kirsten Marcia. 

Loin d’abandonner, Kirsten a poursuivi sa carrière avec un acharnement qui l’a fait remarquer. Aujourd’hui, elle est cheffe de la direction de DEEP Earth Energy Production Corp, leader de l’industrie géothermique et du secteur des énergies propres ne émergence. Au sujet de cette progression, elle dit : « C’est rafraîchissant et énergisant par rapport au vent contraire qui a soufflé sur le début de ma carrière, quand on m’a carrément interdit de descendre sous terre ». Kirsten a renversé les barrières dressées en travers de sa route et la voici parmi les leaders de l’industrie. Avec détermination, confiance et une ténacité qui lui interdit d’abandonner, Kirsten Marcia fait savoir au monde qu’il faut compter avec elle.  

Faire voler les stéréotypes en éclat

Voilà qui met en perspective l’ascension de Rebecca Chenier, l’ajusteuse-monteuse dont nous avons fait la connaissance en début d’article. Mère de trois enfants qu’elle élève seule, elle a bifurqué vers une formation d’ajusteuse-monteuse, faisant voler en éclats barrières et stéréotypes. Elle a, pour les autres femmes, un message clair : le marché vous offre bien plus que vous ne le pensez. 

Ces jeunes femmes qui nous consultent doivent voir en Martha Piper, Indira Samarasekera, Nour Hachem Fawaz et Kirsten Marcia, sans oublier Rebecca Chenier, l’histoire de « ce qui pourrait être ». Les efforts de ces cinq fonceuses doivent leur inspirer la volonté de choisir une voie qu’elles n’ont peut-être jamais envisagée. Et nous, conseillers d’orientation, pouvons attester que leurs courageux efforts contribuent à l’évolution actuelle de l’économie et, partant, de la société canadienne. 

Par : Sean Dolan