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Les traumatismes de l’enfance

Les traumatismes de l’enfance, qu’est-ce que c’est? 

Un traumatisme résulte de l’expérience d’un événement profondément perturbant ou douloureux. Souvent, il se construit sur une série d’événements et se traduit par des sentiments intenses de peur, d’impuissance et d’isolement. Les survivants ressentent l’impact désarmant d’une perte de contrôle ainsi qu’un sentiment de honte, comme si la responsabilité du traumatisme subi leur incombait.

Pour bon nombre de victimes, ces expériences remontent à l’enfance, comme en témoignent des statistiques alarmantes : jusqu’à deux tiers des enfants ont vécu un traumatisme avant l’âge de 16 ans; ce chiffre atteint 85 p. 100 pour ceux qui sont passés par le système de protection de l’enfance.

Le traumatisme peut prendre la forme de violence physique, émotionnelle ou sexuelle. À cette période de sa vie, l’enfant tisse des liens avec les personnes qui s’occupent de lui et celles de son entourage; toute violation de la confiance peut avoir des répercussions profondes et durables. Autrement dit, ces traumatismes façonnent la personnalité et conditionnent le comportement tout au long de sa vie.

Parfois, les élèves se présentent au bureau de l’intervenant scolaire pour lui faire part d’un sentiment de peur, d’impuissance, de perte de contrôle ou de honte. L’intervenant doit savoir que, dans certains cas, il s’agit de l’expression d’un traumatisme de l’enfance.

Le point de vue d’une experte

Leticia Gracia dirige le département Traumatismes de l’enfance et attachement au George Hull Centre, organisme spécialisé dans la santé mentale de l’enfant. Nous lui avons posé les questions suivantes pour outiller les intervenants scolaires lorsqu’ils seront en contact avec des élèves ayant subi des traumatismes remontant à l’enfance.

Comment l’intervenant scolaire peut-il aider les élèves traumatisés pendant l’enfance ?

En premier lieu, l’intervenant se doit d’écouter et faire preuve de calme, d’attention, se montrer compatissant. Ensuite, il doit savoir que les manifestations de peur, de colère et d’impuissance d’un élève s’enracinent parfois dans une forme de traumatisme. Il n’incombe pas à l’intervenant d’y chercher une explication, mais simplement de comprendre que les symptômes du traumatisme s’exprimeront parfois dans son bureau. Si l’élève en parle, il importe de le rassurer, de lui dire que l’expérience est courante, qu’il est fréquent de ressentir des symptômes douloureux dans cette situation, qu’il pourra bénéficier d’une aide efficace.

Quels conseils donneriez-vous à l’intervenant scolaire qui rencontre des élèves victimes de traumatismes?

Un intervenant scolaire compétent connaît ses limites. Dans ce domaine, il doit simplement observer ce qui se passe et s’en remettre à des professionnels, car naviguer dans les eaux troubles des traumatismes de l’enfance nécessite l’intervention d’une psychologue, d’une psychiatre ou d’un psychothérapeute compétent. En d’autres termes, il s’agit de reconnaître le traumatisme, d’écouter l’élève et de laisser une personne formée à cet effet assurer le gros du travail avec la jeune personne en question.

Comment l’intervenant scolaire peut-il distinguer un élève qui éprouve simplement de la peur ou un sentiment d’impuissance d’un élève qui a vécu des traumatismes durant l’enfance? À quoi doit-il porter attention?

L’intervenant doit être attentif aux expressions extrêmes de peur, de colère, d’impuissance, de perte de contrôle, etc. Il doit aussi débusquer les comportements types de victimes de traumatismes : 

  • Difficultés d’apprentissage
  • Piètres résultats scolaires
  • Suspensions de l’école
  • Démêlés avec la justice
  • Mauvaise santé physique ou mentale
  • Mauvaise humeur, dépression, solitude
  • Troubles alimentaires
  • Automutilation
  • Alcoolisme ou toxicomanie
  • Comportement à risque (y compris comportement sexuel à risque)
  • Difficultés relationnelles
  • Problèmes de régulation émotionnelle ou comportementale
  • Épisodes d’hypervigilance ou de dissociation (sorte de rêve éveillé)
  • Déclenchement par des événements apparemment anodins – hausser le ton, toucher, odeurs, certaines personnes ou personnalités.

Bien entendu, la difficulté réside dans le fait que ces comportements peuvent exprimer une grande variété de problèmes auxquels l’élève fait face. En dernier ressort, l’intervenant manifestera la plus grande empathie possible, sachant que ces comportements découlent peut-être d’événements traumatisants.

Vers qui l’intervenant doit-il orienter l’élève en cas de traumatisme de l’enfance?

Si l’élève révèle une expérience traumatisante, l’intervenant scolaire doit se préparer à mettre en route les mesures d’aide dont l’élève aura besoin : 

  • Informer les parents, la tutrice ou le tuteur, à condition que cela ne compromette pas la sécurité de l’élève dans les cas où c’est un membre de la famille qui cause le traumatisme.
  • Faire appel à l’équipe scolaire – psychologue, travailleuse sociale ou travailleuse auprès des enfants et des jeunes. Bien entendu, la confidentialité s’impose.
  • Encourager la famille à demander une consultation en santé mentale auprès de son médecin.

Prochaines étapes

Les traumatismes de l’enfance correspondent à une situation de santé mentale très sensible. L’intervenant scolaire peut s’informer sur le sujet en lisant des articles comme celui-ci ou en consultant des sources fiables.

Conclusion

La chronique La paix intérieure est conçue pour aider l’intervenant scolaire à savoir que certains élèves se présenteront dans son bureau en affichant des signes de traumatismes subis pendant l’enfance. Ces signes peuvent se manifester sous forme de peur, de colère ou de perte de contrôle. Le travail de l’intervenant consiste dès lors à écouter l’élève, tout simplement. Les traumatismes de l’enfance constituent un problème psychologique profond et complexe qui peut nécessiter l’intervention d’une professionnelle. Ici aussi, l’intervenant doit veiller à ne pas jouer au psychothérapeute avec l’élève. Il peut en revanche travailler avec celui-ci, sa famille, l’équipe de l’école et les professionnels pour aider la jeune personne concernée à surmonter ses difficultés. 

Par: Sean Dolan