CIC 2018 French Articles

L’apprentissage intégré au travail

Au carrefour de l’industrie et de l’éducation

Les collèges et instituts offrent un parcours éducatif concret et des occasions de stages coopératifs où les étudiants acquièrent une précieuse expérience. Grâce aux liens solides que ces établissements entretiennent avec l’industrie et les employeurs de leur région respective, leurs étudiants bénéficient d’expériences uniques d’apprentissage intégré au travail.

Ces établissements d’enseignement postsecondaire sont bien au fait des moyens variés d’amener les étudiants à vivre une véritable expérience de travail, des initiatives également soutenues par le gouvernement fédéral avec ses Partenariats industrie–établissements postsecondaires, un programme de 73 millions de dollars destiné à appuyer les nouvelles possibilités de stages coopératifs et d’apprentissage intégré au travail.

Il existe toute une panoplie d’occasions d’apprentissage intégré au travail qui peuvent s’inscrire dans une formation collégiale complète.

Les stages pratiques sont généralement offerts aux étudiants vers la fin de leur programme d’études. Au sein de l’entreprise participante, les étudiants observent du personnel d’expérience à l’œuvre dans leur carrière de choix. Les programmes d’administration des affaires, de tourisme et hôtellerie, de services communautaires, de sciences de la santé et de communications sont ceux qui prévoient le plus souvent une période de stage pratique.

Brianna Dean, récemment diplômée du MITT, a réussi à se trouver un emploi dans son domaine.

Andrea Casavant, R.V.T., formatrice d’assistants vétérinaires, explique : « Il y a dix ans, le simple fait d’avoir de bons résultats scolaires ouvrait l’accès à un emploi convenable. Aujourd’hui, les bonnes notes ne suffisent plus. Avant d’offrir un emploi, la plupart des entreprises veulent s’assurer que la personne candidate est capable de mettre en pratique ce qu’elle a appris. Les stages donnent aux étudiants la possibilité d’acquérir une expérience concrète auprès des meilleurs acteurs de l’industrie. »

Pour le ou la stagiaire, le stage en milieu de travail est l’occasion d’observer la mise en pratique de sa formation et de concrétiser sa vision du milieu de travail.

Comme l’explique Mme Casavant, les stages « font ressortir l’importance d’apprendre par l’action. C’est là que les étudiants transfèrent leurs connaissances au travail concret. Un stage offre aussi beaucoup d’occasions d’élargir son réseau et d’établir de précieux contacts au sein de l’industrie. Un autre avantage est d’avoir une référence à fournir pour de futures demandes d’emploi. L’un des principaux obstacles à la recherche d’un emploi dans un domaine où l’on vient de terminer sa formation est qu’il n’est pas toujours possible de demander à quelqu’un de nous donner des références. »

Le ou la stagiaire doit s’assurer de donner une impression positive à l’employeur. Il ne suffit pas de se présenter tous les jours pour démontrer ses capacités.

Andrea Casavant ne se borne pas à enseigner à ses étudiants les compétences pratiques dont ils auront besoin. Elle s’efforce aussi de leur inculquer une bonne éthique de travail, et elle leur prodigue les conseils nécessaires à la réussite de leur stage en milieu de travail.

« À titre de stagiaire, vous avez la responsabilité de montrer à votre superviseur et aux autres membres de l’organisation que vous avez ce qu’il faut, sur le plan personnel et professionnel, pour vous intégrer à la culture de l’entreprise », leur dit-elle. « En prenant le temps d’étudier la mission de l’organisation et ce qu’elle valorise chez son personnel, on tire de l’information essentielle sur sa façon de reconnaître et de définir le succès. »

Le stage est également profitable pour l’entreprise : il lui donne l’occasion de faire la connaissance d’employés potentiels et d’être la première à offrir un poste à des diplômés accomplis.

« Beaucoup d’employeurs qui offrent des stages s’en servent pour mettre à l’essai et recruter de nouveaux employés à temps plein. Le stage est un moyen pour les étudiants d’acquérir de l’expérience et de mieux connaître un domaine professionnel qui les intéresse, mais c’est aussi, pour l’organisation, un moyen de mettre une personne à l’essai et de voir à quel point elle cadre dans la culture générale de l’organisation », d’ajouter Mme Casavant.

Andrea Casavant croit fermement et avec enthousiasme aux vertus du processus de stage : « Mes stages ont été pour moi des expériences formidables, qui m’ont permis de mettre en action tout ce que j’avais appris sur la santé animale et sur mon domaine. Ils m’ont donné la possibilité de tâter le terrain sous la supervision d’un technicien d’expérience, capable de me guider et de m’aider à devenir le type de technicienne que je rêvais d’être. J’ai profité pleinement de cette possibilité, et j’ai pu ainsi tirer beaucoup de leçons de cette expérience. »

Elle tient à ce que ses étudiants reconnaissent, autant qu’elle l’a fait, la valeur de cette occasion d’acquérir une expérience pratique. « La réussite d’un stage pratique nous donne une bonne longueur d’avance. Elle donne à notre curriculum vitae le poids supplémentaire qui nous obtiendra un entretien d’embauche dans le domaine de notre choix après l’obtention de notre diplôme. De plus, une bonne expérience de stage en milieu de travail débouche souvent sur une offre d’emploi ou, à tout le moins, sur une excellente référence. »

L’enseignement combiné avec l’emploi, un système structuré qui combine les périodes de cours en classe à une expérience professionnelle pratique, est une autre forme d’apprentissage intégré au travail. Les étudiants de ces programmes de coopération avec les entreprises obtiennent des crédits d’enseignement pour leur expérience de formation en milieu de travail. Ce type de stage coopératif est généralement offert en option dans le cadre des programmes d’administration des affaires, de TI et d’informatique, de science appliquée, de mathématiques, d’arts et de sciences sociales.

Le stage clinique, une autre forme d’apprentissage intégré au travail, est généralement réservé au domaine de la santé. C’est un passage obligé pour l’obtention d’un titre professionnel. Le ou la stagiaire acquiert son expérience en contact direct avec des patients, que ce soit en milieu hospitalier ou dans un autre type de centre de soins.

Bon nombre de métiers et professions spécialisés exigent un apprentissage, soit une combinaison de cours en établissement d’enseignement et de formation en milieu de travail pendant une durée déterminée. Les apprentis sont embauchés par un entrepreneur et exercent leur métier sous la supervision d’un compagnon ou d’une compagnonne. Cet apprentissage pratique, d’une durée déterminée, est suivi d’une formation dans un collège technique. Au total, la période d’apprentissage peut s’étendre sur quelques années, selon le métier.

Steve Ducharme est le directeur de la formation au Piping Industry Technical College (Collège technique de l’industrie de la tuyauterie, PITC), qui relève de la section locale 254 de la United Association à Winnipeg. Son stage d’apprenti et sa carrière actuelle lui ont donné une vaste expérience des programmes d’apprentissage, dont il est un fervent partisan : « Le programme d’apprentissage rattache la formation technique à une expérience pratique. Nous, les gens de métier, nous avons un style d’apprentissage particulier : nous voulons voir de quoi il s’agit, pas seulement lire sur le sujet. »

D’ajouter M. Ducharme : « Ce qui compte le plus dans l’expérience de l’apprenti, c’est quand le mentor nous enseigne un aspect du métier et que, finalement, on le saisit et on le fait comme il faut. Je me rappelle la première fois que j’ai assemblé un système de tuyauterie. Mon compagnon m’a laissé tout faire moi-même. J’ai fait les calculs, j’ai tout fait, pendant qu’il me surveillait. Ça m’a pris une semaine à construire le système, et quand je l’ai installé, tout s’est emboîté à la perfection. Ça m’a donné un sentiment d’accomplissement et de fierté. J’avais tout compris! »

La participation à un programme d’apprentissage est aussi profitable pour les apprentis que pour leurs employeurs.

« L’entreprise peut habituer ou éduquer un apprenti à son marché et à sa culture. En embauchant des apprentis, les entrepreneurs peuvent abaisser le montant de leurs soumissions. La formation de nouveaux gens de métier en milieu de travail assure la pérennité de la structure de l’entreprise », soutient M. Ducharme.

« Les apprentis sont payés pour apprendre leur métier. Le programme d’apprentissage coordonne les savoirs à acquérir et le moment où ils sont acquis. L’élément essentiel, c’est le certificat de qualification dans le métier choisi. Ce certificat est obligatoire dans la plupart des métiers, et il faut le détenir pour exercer le métier », explique-t-il.

Le projet de recherche appliquée est un autre type d’apprentissage intégré au travail. Les étudiants travaillent de concert avec une entreprise et une industrie à mettre au point des solutions pratiques à des problèmes concrets. Leur tâche peut consister à établir des essais cliniques, à développer un prototype, à réaliser des études de faisabilité et des études de marché, ou à donner des consultations techniques. La participation à un projet de recherche appliquée amène les étudiants à collaborer étroitement avec des employeurs potentiels, et la réussite du projet renforce leur position concurrentielle dans la poursuite de leur carrière. Ce type de formation est souvent offert dans les domaines scientifiques, en études environnementales et en technologie.

Beaucoup d’entreprises telles que des salons de coiffure et d’esthétique, des cliniques dentaires, des restaurants et des fermes sont établies dans les campus de collèges, où elles génèrent des revenus supplémentaires en plus d’offrir des perspectives d’apprentissage pratique.

Au Manitoba Institute of Trades and Technology (Institut professionnel et technologique du Manitoba, MITT), le programme de coiffure se donne dans un salon à services complets, où les étudiants perfectionnent leurs techniques en offrant au public des services à petit prix.

Brianna Dean, diplômée de fraîche date du MITT en coiffure, s’est trouvé un bon emploi dès la fin de ses études.

« En général, les emplois dans un métier sont très différents des autres emplois. Avec tous leurs aspects pratiques, il est beaucoup plus utile de voir et sentir comment les choses fonctionnent dans un atelier ou un salon que d’étudier dans un manuel », explique-t-elle.

Les entreprises établies dans un établissement d’enseignement donnent aux étudiants les compétences nécessaires pour réussir, mais elles leur donnent aussi confiance en leurs capacités et les aident à bien comprendre l’étiquette du milieu de travail.

Brianna Dean raconte : « Ça a été bon pour moi d’observer des gens de mon entourage, plus vieux que moi, qui ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire de leur vie. En fait, ça me fait un peu peur. Je n’ai jamais voulu être comme cela. Ça me donne aussi un sentiment de maturité et de professionnalisme, parce qu’on nous traite comme si on était de vrais employés et non comme des étudiants qui font un travail scolaire. J’ai l’impression d’avoir une longueur d’avance sur tout le monde, et c’est vraiment bien. J’ai des amies qui ne savent même pas dans quel domaine elles veulent étudier, sans parler de leur choix de carrière, tandis que moi, l’une des plus jeunes employées de mon salon, j’arrive à suivre le rythme des plus expérimentées! »

L’apprentissage intégré au travail est une situation gagnant-gagnant pour les étudiants, les employeurs et l’établissement d’enseignement.

Les étudiants ont la possibilité de faire valoir leurs talents et de faire des apprentissages concrets auprès de mentors d’expérience, en plus de mettre en pratique, en milieu de travail, les théories qu’ils ont étudiées. Les étudiants sont également amenés à mieux comprendre les comportements et les attentes liés au travail. La participation à ce type de formation leur permet d’élargir leur réseau et d’établir des contacts dans l’industrie. Et quand il est rémunéré, l’apprentissage intégré au travail s’avère aussi un excellent moyen de réduire les coûts directs de la scolarisation.

Les employeurs profitent de la possibilité de présélectionner et de recruter des candidats d’une façon rapide et économique, tout en établissant des liens et en entretenant de bonnes relations avec la collectivité. L’apport de l’industrie et des employeurs locaux favorise l’actualisation des programmes d’études et permet aux étudiants de développer les compétences et les connaissances qui les rendront employables dès l’obtention de leur diplôme. Les employeurs ont le premier choix pour l’embauche d’étudiants créatifs aux idées nouvelles. De plus, les stages offrant une rémunération aux étudiants sont souvent admissibles à une aide gouvernementale ou à un crédit d’impôt.

Quant aux collèges, l’apprentissage intégré au travail accroît la valeur de leurs programmes en assurant un niveau élevé de satisfaction et un bon taux d’emploi des diplômés, de même qu’une bonne réputation auprès de l’industrie locale, qui a elle aussi un effet positif sur le taux de recrutement de leurs étudiants.

Pour les étudiants, pour les établissements d’enseignement et pour les entreprises et industries participantes, l’apprentissage intégré au travail demeurera longtemps un outil précieux au sein du processus éducatif.

Par Jackie Fritz