CIC 2018 French Articles

Le perfectionnement des compétences chez les apprenants adultes

Des démarches d’apprentissage sur mesure qui répondent aux besoins des étudiants et de l’industrie

Partout au Canada, les collèges et instituts de technologie s’emploient à répondre aux besoins des apprenants qui souhaitent acquérir un large éventail de compétences. Qu’ils cherchent à suivre des programmes de langues et d’enseignement de base, à perfectionner leurs compétences, à obtenir un diplôme, à évaluer leurs acquis antérieurs ou à explorer une nouvelle carrière, des choix s’offrent aux apprenants de tous âges. « Quand on observe les besoins des apprenants adultes, il n’y a pas de programme universel », note Patrick Devey, doyen du Centre for Continuing and Online Learning au Collège Algonquin, un établissement ontarien ayant son campus principal à Ottawa et des établissements à Perth et Pembroke. « Chaque apprenant arrive – ou, dans bien des cas, revient – à Algonquin avec des objectifs particuliers. »

Pour la personne à qui il manque des cours préalables pour être admise à un programme menant à un diplôme, le perfectionnement scolaire (des cours de maths, de langues ou d’informatique, par exemple) est le parcours idéal. Par contre, celle qui travaille dans le même domaine depuis plusieurs années et qui se retrouve sans emploi ou sous-employée pourrait envisager une reconversion vers une autre profession. Dans un autre scénario, une personne qui travaille dans son domaine de prédilection souhaite enrichir son savoir et ses compétences pour progresser dans sa carrière, dans le cadre d’un plan de perfectionnement professionnel.

Les collèges et instituts reconnaissent que les besoins des adultes varient selon le stade où ils en sont dans leur cheminement personnel et professionnel. Par exemple, au Collège Bow Valley, des réfugiés syriens acquièrent des compétences en anglais et en construction. Un programme de l’Université Capilano offert aux étudiants autochtones est axé sur les compétences critiques en lecture, en réflexion, en rédaction et en résolution de problèmes. Enfin, un projet du Collège Canadore vise à aider les personnes qui retournent à l’école à développer de nouvelles compétences afin de réintégrer le marché du travail.

Tout comme les méthodes d’enseignement, les apprenants adultes doivent faire preuve de souplesse. « Il faut que les travailleurs s’adaptent à l’évolution constante du marché du travail afin d’être concurrentiels dans une économie du savoir », indique M. Devey. « Pour combler leurs lacunes et réaliser certaines tâches, ils se fient de plus en plus à des sources de contenu juste-à-temps et de moins en moins à des programmes de formation. On pourrait dire que YouTube est devenu la source de contenu éducatif la plus populaire au monde. »

Les collèges et instituts canadiens ne sont pas les seuls établissements d’enseignement à prendre conscience des avantages de l’apprentissage en ligne. En fait, les universités Stanford et Harvard utilisent toutes deux une plateforme de formation en ligne ouverte à tous (Massive Open Online Course ou MOOC) pour répondre aux besoins des apprenants. « La validation du cyberapprentissage par ces établissements prestigieux fait certes ressortir les avantages de la formation en ligne », affirme M. Devey. Patrick Devey ajoute que les besoins des apprenants évoluent : « Nous élaborons des horaires pour personnaliser l’apprentissage, et nous recherchons des modules d’évaluation des titres de compétence et des moyens d’accélérer certains cheminements pédagogiques. » Son conseil supplémentaire aux apprenants adultes est résolument issu de la vieille école : parler à une conseillère ou un conseiller. « Les étudiants ne savent pas toujours ce qu’ils ne savent pas; ils ont parfois besoin d’une certaine formation, mais pas d’un programme complet. Plusieurs cheminements permettant de combler les lacunes de formation sont méconnus des apprenants adultes. »

Les partenariats avec l’industrie sont un autre facteur important qui influe sur la formation offerte aux apprenants adultes par les collèges et instituts. Par exemple, le Collège Algonquin a récemment conclu une entente avec SoinsSantéCAN pour la prestation en ligne de programmes de perfectionnement professionnel en sciences de la santé et dans des domaines connexes. Depuis septembre 2017, les programmes de gestion de l’information sur la santé et de gestion des services alimentaires et de la nutrition de SoinsSantéCAN mènent à une attestation d’études émise conjointement par le Collège Algonquin et SoinsSantéCAN.

À Winnipeg, le Collège Red River a récemment lancé un programme d’acquisition de compétences en construction (Pathway Program to Construction Skills), en partenariat avec le gouvernement manitobain et l’industrie de la construction, afin de donner aux réfugiés la possibilité d’acquérir des compétences essentielles en anglais et en construction. « La première cohorte a terminé le programme, et nos 21 étudiants ont décroché un emploi », déclare Kerri Caldwell, directrice du Centre de formation linguistique au Collège Red River (RRC). Le RRC forme actuellement la deuxième cohorte du même programme; cette fois, 19 étudiants sont inscrits. « Nous leur donnons une formation technique dans le domaine de la construction : la pose de toitures et de cloisons sèches, la peinture. Nous avons des employeurs partenaires, en collaboration avec la Winnipeg Construction Association, et nous avons élaboré le programme en consultation avec l’industrie, afin de bien répondre aux besoins du marché du travail. »

Du point de vue des compétences en général, Mme Caldwell note une tendance qui s’observe dans tous les types d’apprentissages : les compétences communicationnelles prennent autant d’importance que les compétences techniques. « En soins infirmiers, en médecine, en génie, il est important d’avoir des compétences professionnelles et techniques, mais l’incapacité à communiquer efficacement en milieu de travail est une entrave à la carrière », explique-t-elle, avant d’ajouter qu’il est essentiel que les établissements d’enseignement fusionnent les compétences techniques et communicationnelles pour former des apprenants innovateurs et souples. Kerri Caldwell cite en exemple le programme de communication et de pratique professionnelle pour les technologistes de laboratoire médical (TLM) du RRC, qui intègre des compétences communicationnelles. « Ce programme met l’accent sur les compétences linguistiques, culturelles et communicationnelles nécessaires aux TLM dans le contexte canadien des soins de santé », indique-t-elle. « On insiste sur le renforcement des compétences verbales et d’écoute. » Les apprenants doivent être des TLM formés à l’étranger et les compétences communicationnelles sont un nouveau préalable à l’inscription au programme manitobain de mise à niveau des TLM formés à l’étranger (Manitoba IEMLT Bridging Program).

Le RRC sert aussi les étudiants étrangers en leur offrant un perfectionnement de leurs compétences linguistiques afin de faciliter leur entrée sur le marché du travail canadien. Originaire du Brésil, José Simões est arrivé à Winnipeg en août 2015. Ses recherches en ligne lui ont appris que le RRC offrait un programme aux apprenants adultes ayant besoin de perfectionner leurs compétences en anglais dans un contexte d’affaires. Comme beaucoup de nouveaux arrivants, M. Simões possédait des compétences de travail à son arrivée au Canada. Au Brésil, il a travaillé sept ans dans l’industrie bancaire, à titre de gestionnaire de comptes commerciaux et d’analyste financier. « Pour moi, le processus d’apprentissage a été comme une échelle », raconte-t-il. « Le Centre de formation linguistique et mon formateur Jules Mejia m’ont beaucoup aidé à maîtriser l’anglais, puis à décrocher mon premier emploi au Canada. » Après avoir amélioré ses compétences linguistiques, M. Simões a obtenu un diplôme en administration des affaires avec majeure en comptabilité. « Maintenant, je commence à examiner la documentation sur le cheminement vers le titre de CPA », ajoute-t-il.

José Simões occupe actuellement un poste à temps plein en comptabilité chez un grand concessionnaire automobile. Mais son expérience collégiale est encore fraîche dans son esprit. « J’ai eu la chance d’apprendre avec d’excellents formateurs », affirme-t-il. Il a aussi apprécié l’amitié et les conseils que lui ont prodigués les services à l’emploi du RRC, qui l’ont aidé à développer ses compétences reliées aux entrevues. Comme bien d’autres étudiants adultes, M. Simões se considère comme un apprenant à vie. « Il ne faut jamais arrêter de développer ses compétences. À tout âge, il est obligatoire de continuer d’apprendre pour survivre dans un marché concurrentiel. »

« Mon épouse et moi, nous menions une belle vie au Brésil, dans un milieu agréable, avec de bons emplois », ajoute-t-il. « Mais nous ne regrettons pas une seule seconde notre décision de déménager au Canada. Nous sommes vraiment heureux ici. »

Ce type de commentaire sonne comme de la musique aux oreilles de Kerri Caldwell, dont la priorité pour le Centre de formation linguistique est de mettre sur pied des programmes qui transforment la vie des gens. « La réussite de nos étudiants signifie que nous répondons aux besoins du marché du travail et que nous changeons leur vie et celle de leur famille », conclut-elle. « C’est important de concevoir des programmes qui soient accessibles au plus grand nombre possible. »

Par Deborah Bowers