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La fabrication de pointe : Vue d’ensemble

Les technologies de fabrication de pointe reposent sur les matériaux de pointe, les capacités émergentes et les principes établis des sciences physiques et biologiques. L’intégration de l’automatisation, du calcul, des logiciels, des réseaux et des capteurs permet de fabriquer de nouveaux produits ou d’accroître l’utilité et l’efficacité des technologies existantes.

Au Canada, le secteur de la fabrication de pointe regroupe plus de 77 300 entreprises. Selon les projections présentées dans le Rapport des Tables de stratégies économiques du Canada : fabrication de pointe publié par le gouvernement du Canada, cette industrie devrait générer des ventes d’environ 1 billion de dollars d’ici 2031, dont plus de 540 milliards de dollars en exportations. Les projections annoncent également une hausse sur le plan de l’emploi.

Le même rapport fait état de certains obstacles à surmonter par le Canada pour atteindre ses objectifs de vente et d’exportations dans le secteur de la fabrication de pointe : l’ampleur croissante de la concurrence mondiale, la pénurie de travailleurs qualifiés et spécialisés et le niveau d’adoption variable des nouvelles technologies. Or, les collèges et les instituts entretiennent une relation unique avec les grandes industries. Ils sont capables de s’adapter aux changements technologiques et de s’en servir pour progresser, et ils sont bien positionnés pour abattre les obstacles et enrichir la main-d’œuvre par l’apport d’un personnel qualifié.

Les établissements d’enseignement du pays offrent plus de 380 programmes liés à la fabrication de pointe, qui mènent à l’obtention d’un diplôme, d’un certificat, d’un grade ou d’un diplôme d’études supérieures.

Le secteur de la fabrication de pointe regroupe trois composantes principales : la robotique et l’automatisation, les transports et le génie.

Puneet Kaur heating a mixture of Salicylic Acid and Methanol over a steam bath after adding sulfuric acid in the process of making Methyl Salicylate (Oil of Wintergreen)  Photo credit: Adam Tomkins (Lab Partner)

Puneet Kaur Johal, actuellement inscrite au programme de technologie du génie chimique du Collège Sheridan, brosse le tableau suivant : « Les collèges se concentrent sur plusieurs aspects essentiels. Ils offrent une excellente expérience pratique. Leurs laboratoires sont dotés des mêmes instruments de pointe que les étudiants utiliseront quand ils travailleront dans une industrie. Les étudiants sont encouragés à choisir et à utiliser des technologies nouvelles dans leurs travaux et leurs projets de génie chimique. Comme l’évaluation de leurs travaux tient compte de l’exactitude et de la précision de leurs résultats, ils ont conscience de l’importance d’obtenir de bons résultats et de bien réaliser les expériences dans un délai restreint, en suivant le protocole et en adoptant les bonnes techniques. Ils apprennent donc que pour l’industrie, le temps et la précision, c’est de l’argent, et que les entreprises voudront embaucher des personnes qui sont conscientes de ces aspects-là. Les étudiants sont formés à exécuter tous leurs travaux dans le respect des règlements, des normes et des directives en vigueur. Les diplômés sont en mesure d’appliquer les principes de la chimie, des mathématiques, de la physique et du génie chimique à l’exécution des tâches et à la résolution de problèmes complexes. »

Mme Johal poursuit : « Le génie chimique est un domaine qui marie la science et l’économie; nous appliquons des principes scientifiques aux processus de production de biens d’usage courant qui nous rendent la vie plus agréable et plus facile. La recherche en génie chimique s’est signalée récemment dans des domaines tels que les plastiques écoresponsables, les carburants propres issus de la désulfuration non conventionnelle des carburants et des biocarburants, les microdispositifs médicaux, les procédés chimiques écologiques et la photosynthèse artificielle, qui m’intéresse tout particulièrement. La mise en œuvre des procédés conventionnels de la production chimique industrielle dépend de l’énergie thermique. Les technologies réactives innovantes mettent en jeu un contrôle actif et perfectionné des électrons et des ions, afin de faciliter la synthèse et la production de matériaux. Les systèmes qui en sont issus accélèrent le processus de fabrication de vaccins d’importance vitale pour contrer les nouveaux virus. »

Les collèges et instituts du Canada sont mondialement reconnus pour leurs cours de formation en fabrication de pointe.

Jagvir Singh Sandhu at the downsview Campus in Toronto where aerospace programs are located. Photo credits: Centennial College

Jagvir Singh Sandhu, un étudiant international venu de l’État du Pendjab, en Inde, est actuellement inscrit au programme de techniques du génie de la fabrication aérospatiale au Collège Centennial. Il nous dit : « Je n’avais jamais été exposé à un programme propre à enrichir mes connaissances pratiques plutôt que les simples connaissances théoriques. J’ai vu le nouveau programme en technologie de la fabrication aérospatiale que le Collège Centennial offre à ses étudiants. En plus d’avoir le plaisir d’être parmi les premiers étudiants diplômés d’un tout nouveau programme, je me suis rendu compte qu’il comprend finalement tous les cours de base offerts dans les autres domaines du génie. Alors je me suis dit : “Pourquoi ne pas essayer?” »

Andrew Van-Martin est un spécialiste de l’automatisation pour le BID Group, qui fabrique et installe des machines dans des scieries de toute l’Amérique du Nord afin d’accélérer leur production par l’automatisation : « J’ai vu la description du programme de robotique dans le site Web de mon école. Les sciences m’ont toujours passionné, et mon objectif ultime est de travailler dans l’industrie spatiale. Je me suis dit qu’une fusée, c’est une espèce de robot géant, de sorte que le programme de robotique serait un bon point de départ pour moi. J’ai mon diplôme en mécatronique et robotique du BCIT. Avant de suivre ce programme-là, j’avais fait mes cours de physique, de chimie et de préparation au calcul différentiel et intégral en 12e année. »

Cette industrie est une composante majeure de l’économie canadienne.

« La technologie du génie de la fabrication aérospatiale contribue à hauteur d’environ 20 milliards de dollars par an au produit intérieur brut du Canada. L’aviation elle-même est un secteur distinct et un acteur non négligeable au Canada, tandis que la fabrication aérospatiale constitue un secteur d’emploi plus vaste, qui représente 160 000 emplois spécialisés », explique M. Sandhu.

Andrew Van-Martin has always had a passion for science and wants to work in the space industry. Photo credit: Andrew Van-Martin

M. Van-Martin confirme : « Ce secteur [la robotique] contribue à l’économie du Canada par sa position à la fine pointe de la technologie robotique. Les Canadarm 1 et 2 sont des composants particulièrement reconnaissables de la navette spatiale et de la Station spatiale internationale. J’aime particulièrement cet exemple parce que quand j’étais enfant, je me disais toujours que c’était vraiment cool que le Canada ait construit une partie d’un vaisseau spatial. Voir des vidéos des bras en action m’a toujours rendu fier d’être Canadien. Grâce à l’enthousiasme de nos jeunes pour une carrière en sciences et en robotique, le Canada pourra demeurer à l’avant-garde du secteur de la mécatronique et de la robotique. »

Les emplois dans le secteur de la fabrication de pointe sont nombreux et variés.

« L’industrie de l’énergie nucléaire et l’industrie pétrochimique sont des secteurs d’emploi à forte demande. L’industrie nucléaire est plus populaire que jamais parce qu’elle ne pollue pas l’air et l’eau comme les processus thermiques [qui consomment du charbon]. Quant à l’industrie pétrochimique, en plus de la forte demande, elle contribue à la fabrication d’un grand nombre de produits utiles : les fibres synthétiques, les teintures, les plastiques, la cire, le pétrole brut, le caoutchouc synthétique, les médicaments, les engrais, les insecticides. Par ailleurs, il y a une forte demande d’ingénieurs en procédés de fabrication, et les emplois de technologues de laboratoire sont populaires chez les étudiants stagiaires du programme », explique Mme Johal.

La liste de M. Sandhu comprend les emplois d’« opérateur-machiniste en CNC [commande numérique par calculateur], opérateur de CMM [machine de mesure de coordonnées], concepteur de fabrication assistée par ordinateur, contrôleur de la qualité, spécialiste en tests non destructifs et assembleur d’avions ».

Enfin, selon M. Van-Martin : « Il existe un tas de carrières possibles dans ce domaine. Il y a le côté API [automate programmable industriel], qui s’applique généralement aux chaînes de production et aux grosses machines. Il y a aussi les systèmes intégrés, qui servent plutôt aux applications mobiles. Une personne de mon programme a trouvé un emploi à l’accélérateur de particules TRIUMF de UBC et une autre a trouvé un emploi dans le secteur des moteurs et des transformateurs à BC Hydro. Je dirais que c’est dans le secteur des API que la demande est la plus forte. C’est un type de programmation différent, que les gens tendent à moins aimer, de sorte que l’offre de travailleurs pour les emplois de ce type est plus faible que pour les autres emplois en programmation. Je pense que les perspectives de carrière dans ce domaine sont très vastes et que bon nombre de compétences sont transférables si on décide finalement de faire carrière dans un autre domaine. »

La fabrication de pointe est une industrie stimulante et futuriste, qui attire les esprits aiguisés et les principes innovateurs. Les collèges et instituts canadiens sont à l’avant-garde de cette nouvelle technologie. Ils préparent aujourd’hui la main-d’œuvre de demain.

Par Jackie Fritz