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Profil d’un diplômé : Un chemin vers la guérison et le soutien

Jonathan Boyer-Nolan

Jonathan Boyer-Nolan, Sault College, Sault Ste. Marie, Ontario

Une fois le secondaire terminé, Jonathan Boyer-Nolan s’est senti un peu à la dérive. Pendant dix ans, il a cherché un sens à sa vie, pas toujours au bon endroit, avant de découvrir un chemin vers la guérison qui allait changer le cours de sa jeune vie. Comme point tournant, la mort de son frère, emporté par une toxicomanie qui le minait depuis des années. La pensée des enfants de son frère et de ses parents lui a inspiré la volonté de changer, en servant sa communauté tout en cherchant à guérir son esprit.

Sault College

Fier Anichinabé de la Première Nation de Mississauga, Jonathan savait que les occasions de servir ne manquaient pas. Après quelques tâtonnements, il s’est inscrit au Sault College, à Sault Ste. Marie, en Ontario. Étant donné son ascendance, le programme spécialisé en service social auprès des Autochtones s’annonçait parfait.

Le déclic

Fini le désœuvrement de ses années de jeune adulte : du jour au lendemain, Jonathan a été animé d’une grande détermination et s’est plongé dans les études et la vie du campus. Non seulement s’est-il distingué par sa passion d’apprendre, mais il est devenu un leader parmi ses camarades. Élu à la tête de l’association des étudiants autochtones du collège à sa troisième année, il a ensuite assumé la présidence de l’association de tous les étudiants du collège. Une première pour un étudiant autochtone. Il a également été représentant des étudiants au conseil des gouverneurs du collège, où il a continué de siéger après avoir obtenu son diplôme. Poursuivant cette ascension, il est ensuite devenu administrateur à la College Student Alliance.

Traditions et pratique holistique

Rien de tout cela ne l’a détourné de ses études. Le programme du Sault College comporte un volet sur la santé mentale en général et des cours sur les traditions et la pratique holistique chères aux Autochtones. Il couvre tout, depuis l’aide aux patients sur le terrain jusqu’à la gouvernance, en passant par l’élaboration de politiques. Devant un choix entre un centre de traitement, un établissement pour les jeunes et un centre halte-accueil pour son stage de deuxième année, l’étudiant s’est retrouvé à l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), à travailler avec des patients atteints de troubles concomitants. Dans le bureau très actif de l’ACSM à Sault Ste. Marie, il a appris beaucoup sur la pratique clinique. Il considère toutefois que l’expérience la plus gratifiante est celle de son travail auprès des Autochtones en pleins démêlés judiciaires. Compte tenu de sa propre situation et de son cheminement à la découverte de soi, Jonathan a su imprimer à ses interventions une bonne mesure d’empathie et de compréhension, aidant ses clients de réagir avec un calme qu’ils n’auraient peut-être pas pu trouver autrement. L’ACSM l’avait par ailleurs autorisé à intégrer les traditions autochtones dans sa pratique clinique. Fait intéressant, quelques années après ce stage, il est devenu président du conseil d’administration de l’organisme.

La vie après le collège

Jonathan Boyer-Nolan s’est trouvé un emploi aux Nogdawindamin Family and Community Services comme clinicien en services à la famille dans le domaine de la santé mentale, auprès des adultes. Il a résolument axé sa pratique sur les problèmes particuliers des Autochtones, aidant les parents à surmonter les difficultés courantes et à guider leurs enfants à l’école et ailleurs. Ayant rapidement constaté le sens du leadership de son jeune employé, l’organisme l’a promu au poste de responsable des communications.

Le choix du Sault College

C’est en défendant les droits et traditions des Autochtones que Jonathan Boyer-Nolan s’est distingué au point où son alma mater a proposé sa candidature au Prix du premier ministre de la province pour les étudiants des collèges de l’Ontario à l’été 2021. Le prix récompense une contribution hors du commun des anciens des collèges qui ont entamé leur vie professionnelle. Le candidat du Sault College est à l’origine de l’élaboration d’une politique holistique et culturellement adaptée pour sa communauté. C’est aussi un membre clé de divers groupes de travail régionaux et provinciaux, qui siège aux conseils d’administration d’organismes bénévoles et d’organisations sans but lucratif. La direction du collège lui attribue le mérite d’avoir révélé nombre d’aspects du système qui nuisent à l’éducation des Autochtones. De fait, le jeune homme rend la vie de ses frères et sœurs autochtones un peu moins difficile en luttant pour que l’on entende leurs voix là où elles risquent d’être exclues. Quant au prix pour lequel Jonathan est en nomination, M. Ron Common, recteur du Sault College, explique que les anciens étudiants sont des piliers de la communauté du collège qui méritent d’être mis en valeur. « C’est un bonheur de les faire connaître et un honneur d’avoir été un tremplin pour leur vie et leur cheminement professionnels ». Jonathan, modeste, découvrira plus tard en novembre s’il remporte le prix.

Déjà leader

Prix ou non, Jonathan est déjà un leader reconnu dans sa communauté. Il aime se colleter avec les grandes décisions à prendre et n’hésite jamais à offrir gratuitement ses services pour faire avancer les projets et initiatives prometteurs de changements. Mais justement, comment déclencher le changement? « J’aime remettre les choses en question et je ne refuse jamais d’aborder un sujet délicat », dit-il. À preuve, ce balado sur la santé mentale dans le cadre du Ramblr Project. Invité par ses interlocuteurs à commenter les efforts déployés par le Canada pour se réconcilier avec la communauté autochtone, Jonathan a inversé les rôles et demandé à ceux qui lui posaient la question de formuler leur propre opinion. Résultat : une discussion riche et réfléchie sur le sens de la réconciliation.

Et plein d’avenir

Fier Anichinabé, champion de la justice sociale, leader de sa communauté et modèle de rôle, Jonathan Boyer-Nolan prend tout cela très au sérieux. Il est heureux des perspectives que lui ont offertes ses années au Sault College et de la voie qui s’ouvre à lui pour l’avenir.


Par : Sean Dolan