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La paix intérieure : L’anxiété

Qu’est-ce que l’anxiété? 

L’anxiété est une réaction naturelle à une menace perçue ou à un événement important. En réalité, nous devrions accueillir l’anxiété quand elle se présente, car c’est un signal d’alerte que nous envoie notre corps pour nous dire d’être prudents ou vigilants. C’est un avertissement qui nous incite à être attentifs à ce qui se passe autour de nous, que le but soit d’éviter une voiture qui fonce vers nous ou de respecter une échéance importante. Ce système d’alarme peut provoquer trois réponses automatiques : 

  • La lutte – On lutte contre la menace pour survivre.
  • La fuite – On se sauve de la menace. 
  • L’inhibition – On reste parfaitement immobile pour passer inaperçu jusqu’à ce que la menace s’éloigne.

Ces trois réponses forment notre système d’alarme intégré. Lorsque nous sommes devant un danger, nos pensées se concentrent sur la menace, notre corps se prépare (accélération du rythme cardiaque, tension musculaire) et l’une des trois réponses se met automatiquement en marche. 

Le point de vue d’une experte

Pour mieux comprendre le sujet, nous avons décidé de faire appel à une experte. Nous avons communiqué avec l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), qui nous a mis en contact avec Karen AuYeung, psychologue autorisée à la North Shore Stress and Anxiety Clinic de North Vancouver, et consultante clinique pour la clientèle jeunesse du programme Retrouver son entrain de l’ACSM (bounceback.cmha.ca/fr/). Voici ses réponses à nos questions.

Q – CSC :
Que peut faire l’intervenant scolaire pour aider un élève aux prises avec l’anxiété?

A – Karen AuYeung :
Il nous arrive tous de vivre de l’anxiété; celle-ci peut se manifester par de la nervosité, de l’inquiétude, de la peur ou du stress. L’intervenant peut donc, dans une certaine mesure, rassurer l’élève en lui disant qu’il est normal de ressentir de l’anxiété devant une situation nouvelle ou difficile, par exemple avant un gros examen ou un exposé important. Il peut lui demander s’il souhaite avoir de l’aide pour affronter ses peurs. L’intervenant peut aussi lui enseigner des stratégies d’adaptation qui aident à gérer l’anxiété, comme respirer, prendre une pause et rediriger son attention sur la tâche à accomplir, ou remettre en question la pensée à l’origine de l’anxiété. Il ne faut pas oublier que le but n’est pas nécessairement d’éliminer l’anxiété, mais d’apprendre à la tolérer pour pouvoir fonctionner le mieux possible.

Q – CSC :
Quand l’anxiété est-elle problématique?

A – Karen AuYeung :
Parfois, notre système d’alarme se déclenche alors qu’il n’y a pas de vraie menace, un peu comme une fausse alarme. L’anxiété peut devenir problématique si :

  • Elle est constante.
  • Elle est démesurée par rapport à la situation.
  • Elle nuit à la concentration ou aux résultats scolaires de l’élève.
  • Elle perturbe son sommeil, son humeur, son appétit ou sa confiance personnelle.
  • Elle l’empêche d’aller à l’école, de voir ses amis ou de faire ses activités habituelles.
  • Elle fait en sorte que l’élève se replie sur lui-même, ou le rend déprimé, irritable ou tendu.
  • Elle cause des symptômes physiques tels que des maux de tête ou d’estomac ou de la fatigue.
  • Elle provoque chez l’élève le besoin d’être constamment rassuré ou l’amène à exprimer des inquiétudes hypothétiques ou des « et si » à propos de l’avenir.
  • Elle provoque des crises de panique relativement fréquentes.

On peut, là aussi, rassurer l’élève en lui disant qu’il n’est pas seul et que de nombreux adolescents vivent beaucoup d’anxiété ou ont des troubles d’anxiété. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe plusieurs traitements et stratégies qui peuvent l’aider.

Si vous pensez qu’un élève a un problème d’anxiété, demandez-lui s’il a parlé de ses émotions à un de ses parents ou tuteurs ou à un autre adulte de confiance. Suggérez-lui de demander à ses parents ou tuteurs de prendre rendez-vous avec son médecin de famille, qui pourra les aider à évaluer la présence d’un trouble d’anxiété et recommander un professionnel de la santé mentale au besoin.

Q – CSC:
Quelle est la différence entre l’anxiété et la panique?

A – Karen AuYeung :
On parle souvent de l’anxiété et de la panique de façon interchangeable. En fait, les crises de panique désignent une apparition soudaine de symptômes d’anxiété; ceux-ci s’intensifient rapidement et atteignent leur paroxysme en cinq à dix minutes. Puis, ils commencent généralement à s’estomper après une dizaine de minutes maximum, mais peuvent prendre plus de temps à disparaître tout à fait. Quoique l’anxiété puisse elle aussi être très intense, elle se manifeste habituellement de façon plus graduelle et peut durer beaucoup plus longtemps.

L’anxiété provoque parfois des symptômes physiques, mais pas toujours. Les crises de panique, elles, en causent immanquablement : palpitations, sueurs, essoufflement, sensation de serrement dans la poitrine, étourdissements ou maux d’estomac, par exemple. Les gens en crise de panique ont souvent l’impression de perdre le contrôle, de « devenir fous » ou d’avoir une crise cardiaque. Les crises de panique se déclenchent fréquemment sans qu’on s’y attende, mais on peut, dans certains cas, en cerner la cause précise (la perspective d’un examen ou la vue d’un chien, par exemple). Beaucoup de gens ont des crises de panique, mais cela ne signifie pas qu’ils ont un trouble panique. Les crises de panique deviennent problématiques lorsqu’on se met à craindre les crises elles-mêmes plutôt que ce qui les cause, qu’on s’inquiète souvent de la possibilité d’avoir une crise, ou qu’on a peur que les crises entraînent des conséquences comme l’évanouissement ou la mort. On trouve d’excellentes ressources sur le trouble panique sur le site Web d’Anxiété Canada.1

Q – CSC :
Comment l’intervenant scolaire peut-il aider un élève souffrant d’anxiété?

A – Karen AuYeung :
Selon ce que me disent les jeunes qui ont eu une bonne expérience avec leur intervenant scolaire, il est très important pour eux que celui-ci les écoute, fasse preuve d’empathie et leur fasse sentir qu’ils ne sont pas seuls et que ce qu’ils vivent est normal. Cela les aide énormément de pouvoir s’exprimer librement, sans crainte de jugement.

Prochaines étapes

L’intervenant scolaire peut être un allié précieux pour l’élève dans la gestion de son anxiété, notamment dans le choix des prochaines étapes. Voici des ressources qu’il pourra recommander dans les cas d’anxiété légère :

Anxiété Canada (https://www.anxietycanada.com/fr/) propose aux intervenants et aux élèves plusieurs articles sur des sujets précis liés à l’anxiété. L’organisme offre également une application, MindShift TCC, qui fournit des stratégies favorisant la santé psychologique telles que des techniques de relaxation, des phrases d’adaptation thérapeutiques, la tenue d’un journal et la méditation.

Le programme Retrouver son entrain de l’ACSM offre aux jeunes des cahiers d’exercices en ligne, des vidéos et de l’accompagnement individuel dans le cadre d’un parcours d’autosoins créé par des professionnels. Certaines ressources traitent précisément de l’anxiété, mais le programme porte sur un large éventail de sujets. Il a été conçu pour aider les jeunes qui ressentent de la tristesse, du stress ou de l’inquiétude.

Si l’intervenant scolaire recommande ce type de ressources, il devrait prendre le temps de regarder le matériel avec l’élève. Ainsi, celui-ci se familiarisera avec le programme et se sentira encouragé à entamer son processus de réflexion.

Conclusion

L’anxiété est une émotion naturelle que tous ressentent. Avec un peu de soutien et d’information, l’intervenant scolaire peut aider l’élève à comprendre les symptômes d’anxiété légers. Si toutefois l’anxiété devient difficile à gérer, l’intervenant devra peut-être aiguiller l’élève vers un psychologue scolaire, un travailleur social ou un intervenant jeunesse. Si l’anxiété empêche l’élève de fonctionner, il faudra une aide professionnelle; l’intervenant pourra alors recommander la bonne personne. Autrement dit, quelles que soient les manifestations de l’anxiété, l’intervenant scolaire peut toujours aider l’élève à trouver une approche pour la gérer. Avec de la chance, l’élève retrouvera une certaine paix intérieure. 

1 https://www.anxietycanada.com/fr/disorders/trouble-panique/

Par: Sean Dolan