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Aider les élèves non traditionnels à réussir pour élargir le bassin de recrues en génie

@GettyImages/SeventyFour

Le génie demeure l’un des parcours de carrière les plus stables et les plus recherchés au Canada. Pourtant, malgré de robustes taux d’emploi et des salaires supérieurs à la moyenne, beaucoup d’élèves aptes à suivre cette trajectoire ne se sentent pas représentés dans la profession d’ingénieur.

Pour les intervenants scolaires du secondaire, c’est à la fois un défi et une occasion à saisir.

Partout au Canada, les élèves non traditionnels – les jeunes femmes, les élèves autochtones, noirs ou racialisés, les apprenants de première génération, les nouveaux arrivants, les élèves de milieux ruraux, les apprenants adultes, les élèves de ménages à faible revenu – demeurent sous-représentés dans les programmes de génie. Élargir leur participation n’est pas qu’une question d’équité; c’est aussi une nécessité économique.

Selon les projections d’Emploi et Développement social Canada au sujet de la main-d’œuvre canadienne, la demande d’ingénieurs devrait être soutenue au cours des dix prochaines années. Le soutien aux divers parcours en génie renforce à la fois les résultats des élèves et la compétitivité nationale.

Comprendre les obstacles

Les intervenants scolaires doivent tenir compte des obstacles structurels auxquels beaucoup d’élèves non traditionnels sont confrontés :

Les stéréotypes à savoir qui « est à sa place » en génie. Le génie est souvent perçu comme un domaine :

  • dominé par les hommes,
  • exclusivement mathématique,
  • isolé socialement,
  • culturellement homogène.

Ces perceptions découragent des élèves possédant des aptitudes bien avant les choix de cours de 11e et 12e année.

Le manque d’exposition et de modèles. Souvent, les élèves qui n’ont aucun membre de leur famille dans le domaine des STIM :

  • ne connaissent pas toute la diversité des carrières possibles en génie;
  • ignorent la différence entre les parcours collégiaux et universitaires;
  • n’ont pas accès à des mentors capables de démystifier ce domaine.

Le manque de confiance en ses capacités. Plusieurs études démontrent que certains élèves – en particulier les jeunes femmes et les élèves de première génération – sous-estiment leur potentiel en maths et en sciences, malgré leur bon rendement dans ces matières.

Les obstacles financiers et structurels. Les frais de scolarité, la nécessité de déménager et le manque d’information au sujet des bourses d’études peuvent aller jusqu’à dissuader des élèves de poser leur candidature.

Le rôle des intervenants scolaires en cinq stratégies concrètes

1. Recadrer le génie

Le génie n’est pas qu’une affaire de calcul différentiel et de circuits. Il englobe aussi :

  • les solutions climatiques,
  • le renouvellement des infrastructures,
  • les innovations en matière d’énergie propre,
  • les technologies biomédicales,
  • l’aménagement des collectivités,
  • les systèmes logiciels qui façonnent notre vie quotidienne.

Si nous décrivons le génie comme un travail de résolution de problèmes qui améliore la vie des gens, il devient plus accessible et plus pertinent sur le plan social.

L’insistance sur les résultats d’emploi en génie peut aussi en rehausser la valeur perçue. Des données de Statistique Canada révèlent que les titulaires d’un diplôme postsecondaire – notamment dans les domaines des STIM – affichent des taux d’emploi d’environ 90 % dans les trois ans qui suivent l’obtention de leur diplôme. Les ingénieurs ont souvent un salaire initial de 60 000 $ à 80 000 $, qui augmente substantiellement avec l’expérience.

Ces éléments contextuels ont de l’importance pour les élèves soucieux de s’assurer une bonne stabilité financière.

2. Normaliser les voies d’entrée multiples

Le génie ne se limite pas à un seul parcours étroit.

Nous pouvons mentionner :

  • les diplômes universitaires en génie,
  • les diplômes de technicien en génie et les programmes de technologue au collégial;
  • les programmes passerelles entre le collège et l’université;
  • les voies d’accès pour les étudiants adultes.

Les programmes collégiaux appliqués offrent souvent une formation pratique dans des classes de petite taille, un cadre particulièrement propice aux élèves qui réussissent bien dans un cadre expérientiel.

Quand les élèves comprennent que les études de génie sont flexibles et non uniformes, leur participation s’élargit.

3. Encourager le positionnement académique précoce (sans obstacle à l’accès)

Il n’est pas nécessaire d’avoir « la bosse des maths » pour réussir.

Nous pouvons :

  • encourager la mise en confiance en maths en 9e et 10e année;
  • recommander un tutorat proactif (et non réactif);
  • informer les élèves au sujet des programmes d’été en STIM;
  • favoriser une planification des cours qui laisse des options ouvertes.

Évitons de présenter les maths avancées comme un filtre. Présentons-les plutôt comme une compétence qu’on peut acquérir avec de l’aide.

4. Informer les élèves des possibilités de mentorat et de représentation

La représentation transforme une aspiration en une possibilité.

Nous pouvons :

  • inviter des ingénieurs issus de la diversité à parler de leur carrière;
  • présenter des profils d’ingénieurs canadiens d’horizons variés;
  • promouvoir des initiatives de mentorat par l’entremise des ordres professionnels.

Des organisations telles qu’Ingénieurs Canada et plusieurs organismes de réglementation provinciaux soutiennent les initiatives d’information et d’inclusion.

Les élèves sont beaucoup plus susceptibles de s’orienter vers le génie s’ils voient une personne comme eux qui réussit dans ce domaine.

5. Aborder sans détour les préoccupations financières

Beaucoup d’élèves non traditionnels éliminent silencieusement le génie parce qu’ils supposent que ce domaine leur est financièrement inaccessible.

Pour répondre à ces préoccupations, nous devons :

  • aborder de façon proactive la question des bourses d’études;
  • présenter des programmes d’enseignement coopératif qui offrent des trimestres de travail rémunéré;
  • expliquer les revenus potentiels à long terme;
  • favoriser des conversations précoces sur la planification financière.

Les programmes d’enseignement coopératif en génie sont des outils de promotion de l’équité particulièrement puissants, qui permettent aux étudiants de gagner un revenu pendant leurs études tout en renforçant leurs réseaux.

Le soutien aux divers groupes d’élèves

Pour les jeunes femmes, il est nécessaire de mettre l’accent sur les aspects collaboratifs et l’impact du génie. Il est également essentiel de souligner la croissance des initiatives de promotion de l’équité entre les sexes afin d’abattre les mythes relatifs à la culture d’entreprise.

Les liens du génie avec les infrastructures communautaires, l’adduction d’eau, le logement et la gestion durable du territoire ont une résonance particulière chez les élèves autochtones. La familiarité avec les programmes et services de soutien en STIM offerts aux apprenants autochtones dans les établissements d’enseignement postsecondaire contribuera à en faire une option réaliste et attrayante pour ces élèves.

Pour beaucoup d’élèves de première génération et de familles à faible revenu, les études postsecondaires semblent inaccessibles. Pourtant, en décomposant les conditions d’admission en étapes gérables, en guidant les élèves au fil de ces étapes du processus de demande d’admission et en offrant une aide aux frais de dossier (si c’est possible), nous pouvons donner du réalisme à cette possibilité. 

Au-delà de l’accès : soutenir la persévérance

Orienter les élèves vers le génie n’est que la moitié du travail.

La réussite dépend aussi d’autres facteurs :

  • un solide appui à la transition pendant la première année;
  • le développement des techniques d’étude;
  • les réseaux de pairs;
  • les ressources en santé mentale;
  • l’encouragement à demander de l’aide scolaire sans tarder si nécessaire.

Pour bien préparer les élèves, il faut leur souligner que la première année, les difficultés en calcul différentiel ou en physique sont monnaie courante… et qu’on y survit. En normalisant le défi, on réduit l’attrition.

L’importance de l’inclusion en génie pour le Canada

L’avenir économique du Canada dépend de l’innovation, de la résilience des infrastructures, des technologies propres et de la transformation numérique. En élargissant la participation en génie, on renforce la capacité de la main-d’œuvre, la représentation des communautés, l’équité dans les professions lucratives et la mobilité sociale.

Quand des élèves non traditionnels réussissent en génie, les avantages se répercutent au-delà de la personne : dans sa famille, dans sa collectivité et dans l’économie nationale.

Le mot de la fin

Le génie n’est pas réservé à un profil démographique précis. C’est un domaine qui table sur la curiosité, la persévérance et la résolution de problèmes, et ces qualités se retrouvent chez les élèves de tous horizons.

En recadrant le génie, en diffusant de l’information sur les divers parcours possibles, en répondant aux préoccupations financières et en abattant activement les stéréotypes, les intervenants scolaires peuvent contribuer à ce que la prochaine génération d’ingénieurs du Canada reflète toute la diversité de sa population.

Nous avons là l’occasion de guider les élèves vers des carrières recherchées, mais aussi d’élargir le bassin de talents qui construiront l’avenir du Canada.

Par : Lindsay Taylor