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La ferme du futur : repenser les carrières en agriculture

@GettyImages/kckate16, Kinwun, AzmanJaka

Les carrières en agriculture sont encore victimes de nombreux préjugés.

De nombreuses personnes connaissent mal le secteur agricole, selon un rapport publié en 20231 préparé pour le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) et le Centre canadien pour l’intégrité des aliments (CCIA), fondé sur un sondage mené auprès de Canadiens âgés de 16 à 65 ans. De plus, leurs connaissances reposent souvent sur des perceptions dépassées et des stéréotypes. Quelles sont donc ces perceptions, et comment influencent-elles les choix de carrière des jeunes?

Les perceptions

Agriculture rime avec traditionnelle

Le rapport révèle que plus de la moitié des Canadiens (54 %) sont incapables de nommer un métier en agriculture autre que celui d’agriculteur ou agricultrice. Toutefois, le niveau de connaissance varie considérablement selon les groupes interrogés. Les personnes immigrantes et les peuples autochtones disent connaître mieux la plupart des carrières liées à l’agriculture. Les personnes vivant en milieu urbain connaissent davantage les carrières en sciences des aliments (34 %) et les carrières scientifiques (40 %). Les personnes vivant en milieu rural, quant à elles, sont plus susceptibles de connaître les métiers liés à la production agricole (49 %). Les jeunes de 16 à 24 ans connaissent surtout les carrières en sciences agricoles (51 %). Les parents d’adolescents de 14 à 17 ans connaissent mieux les métiers de l’agriculture (47 %), de la fabrication des aliments et des boissons (47 %) ainsi que le secteur agricole dans son ensemble (38 %). Comme les choix de carrière sont souvent influencés par les possibilités que les jeunes connaissent, le manque de sensibilisation à la diversité des métiers en agriculture limite leur capacité à envisager une carrière dans ce secteur. Cette méconnaissance contribue également à laisser vacants de nombreux emplois essentiels à l’avenir de l’agriculture.

Agriculture rime avec travail exigeant et dangereux

Près de trois Canadiens sur dix qui disaient connaître assez bien les métiers de l’agriculture étaient incapables de décrire les caractéristiques de ces emplois. Parmi les personnes qui ont pu le faire, plus du quart estimaient que les métiers de l’agriculture étaient physiquement exigeants. Par ailleurs, près de la moitié des répondants ayant exprimé des inquiétudes au sujet des carrières en agriculture se préoccupaient de la santé et du bien-être des travailleurs et travailleuses du système alimentaire, tandis qu’un tiers s’inquiétaient de leur sécurité. Comme beaucoup de jeunes d’aujourd’hui ne souhaitent pas exercer des emplois perçus comme sales ou dangereux, cette perception peut les dissuader d’envisager une carrière dans le secteur agricole.

Agriculture rime avec petits salaires

Le rapport révèle également qu’une grande partie des répondants croient que les emplois en agriculture sont peu rémunérés. Seulement 17 % des personnes interrogées étaient tout à fait d’accord avec l’idée que le secteur agricole offre une rémunération et des avantages sociaux concurrentiels, et seulement 7 % étaient tout à fait d’accord avec l’énoncé : « Les emplois en agriculture sont bien rémunérés. » Les personnes qui pensent que les emplois en agriculture offrent des salaires peu élevés sont moins susceptibles d’envisager une carrière dans ce domaine.

Un besoin grandissant

L’agriculture est un secteur essentiel de l’économie canadienne qui emploie une importante main-d’œuvre. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada2, l’industrie agroalimentaire a soutenu environ 2,3 millions d’emplois en 2024, soit près d’un emploi canadien sur neuf. À cela s’ajoutent les nombreux nouveaux postes qui continuent d’être créés. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) prévoit que plus de 100 000 postes dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire pourraient être vacants d’ici 2030. De plus, plus de 85 000 personnes devraient prendre leur retraite au cours de cette période, ce qui entraînera une forte demande de professionnels qualifiés dans l’ensemble de l’industrie3.

L’exploration de carrières ne peut plus se limiter à aider les jeunes à trouver un emploi. Le monde d’aujourd’hui fait face à d’importants défis liés à l’alimentation, notamment les effets des changements climatiques, la sécurité alimentaire, les chaînes d’approvisionnement alimentaire et la souveraineté alimentaire. C’est pourquoi l’exploration de carrières doit aussi permettre aux jeunes de découvrir comment leurs compétences, leurs passions et leur potentiel peuvent contribuer à relever les défis les plus urgents du secteur agroalimentaire.

Les solutions

Alors, comment aider les élèves à comprendre que le secteur agroalimentaire d’aujourd’hui est un domaine diversifié et innovant qui offre des carrières en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques (STIM), ainsi que dans de nombreux autres domaines? Voici quelques pistes.

Montrer aux élèves que l’agriculture, c’est bien plus que l’agriculture traditionnelle

L’une des façons les plus simples de transformer la perception des jeunes est de leur présenter l’agriculture à travers des carrières qu’ils et elles connaissent déjà et trouvent intéressantes. Par exemple, une élève passionnée par la programmation pourrait être surprise d’apprendre qu’il existe des développeurs et développeuses de logiciels d’intelligence artificielle pour la gestion des élevages ou des spécialistes en analyse géospatiale des sols. Un élève qui s’intéresse à la biologie pourrait se découvrir une passion pour les sciences des aliments, les technologies vétérinaires, la biotechnologie ou la nutrition. En partant des centres d’intérêt des jeunes, nous pouvons les aider à voir l’agriculture comme un secteur offrant une multitude de parcours professionnels variés.

Déconstruire les stéréotypes au moyen d’exemples concrets

Pour bien comprendre la diversité des carrières en agriculture, les élèves doivent être exposés à un large éventail de professions du secteur. Les discussions en classe, les panels de carrière, les visites virtuelles, les conférences, les activités pratiques ainsi que les outils d’exploration de carrières, comme les profils de carrière de Parlons sciences, peuvent tous aider les élèves à découvrir les personnes qui exercent ces métiers. Ces expériences leur permettent de mieux s’imaginer dans des carrières faisant appel aux drones, aux capteurs, à la robotique, à la recherche en laboratoire, à la salubrité des aliments, aux solutions climatiques, aux soins des animaux, aux chaînes d’approvisionnement, aux technologies durables et à bien d’autres domaines.

Rendre l’exploration de carrières concrète et accessible

Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de l’agriculture pour faire découvrir aux élèves les nombreuses possibilités qu’offre ce secteur. Par exemple, le personnel enseignant peut intégrer des exemples tirés du secteur agroalimentaire dans les cours de STIM. Les services d’orientation peuvent mettre en valeur les carrières en agriculture lors des journées consacrées à l’exploration professionnelle. Les parents, quant à eux, peuvent encourager leurs enfants à consulter des profils de carrière ou à rencontrer des personnes qui travaillent dans leur communauté. Des ressources comme les programmes de la gamme Semer l’avenir de Parlons sciences offrent des moyens concrets d’intégrer ces approches et d’aider les jeunes à explorer les nombreuses possibilités qu’offre le secteur agroalimentaire.

Faire preuve de transparence en matière de salaires, de compétences et de possibilités

Comme plusieurs personnes croient encore que les emplois en agriculture sont peu rémunérés ou peu spécialisés, les discussions sur les carrières devraient mettre en valeur la formation, les études et les compétences spécialisées qu’exigent aujourd’hui les métiers du secteur agroalimentaire. Le secteur a besoin de personnes qui maîtrisent les technologies, l’analyse de données, l’ingénierie, la génétique, les sciences des aliments, les systèmes mécaniques, la programmation informatique et bien plus encore. Il recherche également des personnes capables de résoudre des problèmes, de communiquer efficacement, de faire preuve d’esprit critique et d’exercer un leadership. Alors que le Canada fait face à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée en agriculture, les élèves doivent savoir qu’il ne s’agit pas d’un secteur en déclin, mais d’un domaine en pleine évolution, activement à la recherche de la prochaine génération de talents.

« Aujourd’hui, l’agriculture est l’un des secteurs canadiens les plus dynamiques et les plus axés sur les technologies. De l’agriculture de précision à l’intelligence artificielle en passant par la biotechnologie, la robotique et la science des données, le secteur a besoin de diplômés possédant de solides compétences en STIM et prêts à relever des défis mondiaux complexes. C’est pourquoi bon nombre de nos étudiants et étudiantes reçoivent des offres d’emploi avant même l’obtention de leur diplôme : la demande pour une main-d’œuvre qualifiée s’étend à l’ensemble du système alimentaire. Investir dans l’enseignement des STIM ne consiste pas seulement à former la prochaine génération de scientifiques; c’est aussi préparer une relève qui renforcera la sécurité alimentaire, stimulera l’innovation et contribuera à un avenir durable pour l’agriculture. »

– Heather Bruce, doyenne et directrice du campus de la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie

En résumé

Pour remplacer les idées reçues par une vision plus juste de l’agriculture, les élèves doivent avoir de multiples occasions de découvrir ce qu’est réellement le secteur aujourd’hui. Une seule activité en classe ou un seul salon des carrières peut éveiller leur curiosité, mais c’est une exposition continue qui permet de développer une compréhension plus approfondie. Lorsqu’ils découvrent une agriculture innovante, spécialisée, porteuse de sens et tournée vers l’avenir, les jeunes peuvent envisager des parcours professionnels auxquels ils et elles n’auraient jamais pensé et, par le fait même, contribuent à former la relève dont le Canada a besoin pour bâtir un système alimentaire plus résilient et plus durable.

Références
1 Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) (oct. 2023). Définir et lever les obstacles aux carrières en agriculture – Rapport final.
2 Agriculture et Agroalimentaire Canada. (Date de modification : 2025-08-14). Aperçu du secteur agricole et agroalimentaire canadien.
3 Vézina, S., Morency, J-D., Martel, L., et F. Pelletier. (2024). Population active canadienne : que se passera-t-il après la retraite de la génération des baby-boomers? Gouvernement du Canada.

Par : Kim Taylor, Staff Writer at Let’s Talk Science